"L'OBEISSANCE" DE FRANÇOIS SUREAU (GALLIMARD)

"L'obéissance" de François Sureau (Gallimard)

L’histoire 


Elle se déroule à la fin de la Grande Guerre, 14-18. Le gouvernement belge demande au gouvernement français de lui prêter sa guillotine, et Deibler, le bourreau qui va avec, afin d’exécuter un condamné à mort pour un double meurtre. Furnes, la ville belge dans laquelle doit se dérouler l’exécution, se trouve sous contrôle allemand. Un étrange équipage, conduit par un manchot, le lieutenant Verbrugge et le capitaine Loth, gueule cassée et poète à ses heures, quitte alors Paris, pour convoyer la « veuve » et son bourreau, à travers les champs de bataille, au-delà des lignes ennemis.

S’inspirant de faits réels, François Sureau mêle dans ce court roman, échanges épistolaires, récits de soldats, notes et rapports officiels, et pose ainsi la distance nécessaire à la traversée des champs d'horreur de la guerre avec ses corps déchiquetés, ses vies qui ne sont plus dans la seconde qui suit, ces corps qui disparaissent, pulvérisés dans l'explosion d'une bombe et oublié, comme s'ils n'avaient jamais vraiment existé, parce qu'il faut poursuivre et survivre à la boucherie. Et au sortir du champ de ruines et des charniers à ciel ouvert, de ce monde où la vie n'est plus, où l'avenir est un concept qui n'a plus cours, la ville de Furnes, paisible, à l'arrière. 

Reprend alors le récit, réservé au soldat dans le roman, ceux qui vivent de l'intérieur l'absurde conflit : « Furnes ne ressemble à rien. … Les maisons de Furnes ont des façades d’escalier. Ces escaliers ne vont nulle part. Le ciel est bas et pourtant on ne peut pas y monter. Les portes ressemblent à des culs d’apothicaires. Les fenêtres à bords de cuivre sont toutes fermées. Dedans, ça doit puer le genièvre et l’encaustique. Ça doit sentir les cent vertus des gens qui ne sont jamais partis ». 

C'est pour satisfaire ces gens-là, les planqués de l’arrière, qu'ils ont risqué leur peau et transporté sous le feu « les bois de justice », pour que ceux qui ne savent rien de la guerre se satisfassent d'une mort de plus, symbolique, au nom de la justice quand au front la mort finit, dans sa monstruosité, par passer inaperçue. Les soldats qui la redoutent, l’oublient ou finissent par l’attendre, résignés, savent bien que la mort n’a rien à voir avec la justice. L’obéissance pose une question simple. Pouvait-on faire encore plus absurde que cette guerre des tranchées, meurtrière et aveugle ? Mais il en est une autre qui vient à la lecture de ce roman passionnant. Pourquoi cette application à mener à son terme cette mission, pourquoi cet acharnement à l’obéissance ?

Formulaire de contact

Nom

E-mail *

Message *