SEXY NEW YORK - L'OCEAN DE LA STERILITE (2)


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Du rêve au cauchemar


Ne vous méprenez pas. Sexy New York, le deuxième volet de "L'océan de la stérilité", trilogie entamée en 2008 avec Lolita Complex, bien que l'on y trouve des jeunes filles dénudées, n'est pas une descente dans quelque boite à strip tease des milieux interlopes new-yorkais, mais une immersion dans deux cauchemars américains : l'affaire du Dalhia noir, mystérieux meurtre qui défraya la chronique à la fin des années 1940 et qui inspira James Ellroy pour son roman du même nom, et les attentats du World Trade Center. Dans ce roman, on retrouve Gilbert Woodbrooke, antihéros gaffeur et fauché, qui est au personnage de roman noir ce que Roger Giquel, dont Coluche disait "quand un avion s'écrase, c'est sur ses pompes", était à l'information : l'occasion récurrente d'éprouver l'envie sans pouvoir l'assouvir de coller des baffes. Mais c'est là le propre des personnages de roman et des hommes de télé : ils sont proches et inaccessibles à la fois. Cette fois-ci, Gilbert Woodbrooke s'embarque pour les États-Unis comme caméraman dans une équipe de tournage qui part enquêter sur le Dahlia noir. Nous sommes au début du mois de septembre 2001. L'été indien s'approche porteur des promesses d'un dessert maison. Après ce voyage qui permettra à Gilbert Woodbrooke d'assister au vernissage de l'exposition qu'une galerie consacre à ses photos et d'empocher un salaire de cinq mille livres afin de régler ses dettes et d'échapper à la prison, la vie reprendra son cours normal. Oui mais voilà, nous le savons tous, il y a un avant et un après septembre 2001 : la vie de notre "héros" ne déroge pas à cette règle.
Dans un thriller documenté et ambitieux, Romain Slocombe met en parallèle deux époques complexes : les débuts de la guerre froide et les débuts de la nôtre qui n'a pas encore de nom dans les livres d'Histoire, par l'insertion dans son récit de chapitres dans lesquels la mère du narrateur, jeune étudiante et artiste, raconte son séjour à Los Angeles deux ans après le meurtre du Dalhia noir (une manière de dire que se pencher sur l'histoire des États-Unis, c'est aussi se pencher sur notre propre histoire, intime même). Ainsi l'auteur nous balade entre l'univers des surréalistes - parmi lesquels Man Ray et Duchamp – qui considéraient le meurtre comme l'acte qui révélait au mieux leur esthétique, dans un Los Angeles qui voit naître son industrie du cinéma et un New York de yuppies arty qui annonce une chute que nous n'avons pas encore pleinement mesurée.
Romain Slocombe, habile auteur, parvient à nous remettre dans la position du spectateur voyeur qui regardait s'effondrer les deux tours en boucle. Il flotte au final un sentiment de malaise sur Sexy New York, qui confie à l'européen ballot qu'est Gilbert Woodbrooke la lourde tâche de rassembler les éléments d'une histoire des États-Unis vue à travers le prisme du complot. Tout comme il y avait la théorie de la balle magique pour l'assassinat du Président Kennedy, il y a le mystère de l'écroulement des tours. Fiction et faits réels se mélangent. Le roman devient enquête, explore de nouvelles pistes. Et l'on referme le roman en se disant : Et si c'était vrai... Sexy New York, dont l'ampleur nous rappelle le très sombre Averse d'automne ("Série noire" Gallimard n° 2691 paru en 2003), est sans doute l'un des meilleurs romans de Romain Slocombe.
 
 
 
 
 

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