TRAVAIL EN COURS : EN ALSACE AVEC HUYSMANS

Résurrection - Retable d'Issenheim - Grünewald
Rétable d'Issenheim : la Résurrection (Grünewald)

Version initiale




Il arrive parfois que les organisateurs prévoient dans nos plannings des moments de détente. Ainsi après un salon en Alsace, une excursion comprenant la visite des vignobles et d'une cave puis celle du musée Unterlinden de Colmar nous était proposée. Je m'y étais inscrit sans hésiter. Au musée de Colmar, je voulais voir le fameux retable d'Issenheim du peintre Grünewald. J'avais en mémoire quelques reproductions dans lesquelles la modernité de ce peintre du Haut Moyen âge m'avait semblé des plus surprenantes et je me réjouissais de la confrontation avec cette œuvre dont le panneau consacré à la Résurrection figurait un Jésus Christ Superstar au graphisme Pop psychédélique qui semblait rejoindre Lucy et tous les diamants du ciel. Je savais qu’il n’était pas possible de voir ce panneau, celui-ci n'étant dévoilé que pour les grandes fêtes (Noël, Épiphanie, Pâques, Ascension, Pentecôte, Trinité...), mais le panneau principal, celui de la Crucifixion, justifiait à lui seul le déplacement. Il suffit pour s’en convaincre de lire les lignes que Huysmans consacra à ce retable.
"Là, dans l'ancien couvent des Unterlinden, il surgit, dès qu'on entre, farouche, et il vous abasourdit aussitôt avec l'effroyable cauchemar d'un calvaire. c'est comme le typhon d'un art déchaîné qui passe et vous emporte, et il faut quelques minutes pour se reprendre, pour surmonter l'impression d'horreur que suscite ce Christ énorme en croix, dressé dans la nef de ce musée installé dans la vieille église désaffectée du cloître."
 Grâce soit rendue à Huysmans d'avoir noté ses premières impressions à la découverte du fameux retable que son époque n'avait pu gâcher de préjugé nourris par le visionnage sur Internet de reproductions aux couleurs viciées. Aujourd'hui nous ne voyons rien pour la première fois. Nos premières fois sont, à de rares exceptions près, préparées, conditionnées même par Google. Certes, Huysmans avait dû observer des reproductions en noir et blanc, des photos sans doute. Plus loin dans le texte, on peut d’ailleurs noter dans la description méticuleuse qu'il fait du retable combien il est sensible aux couleurs qui sont une découverte pour lui. Il en note toutes les nuances, toutes les variations et s’étonne même du savoir faire de l’artiste qui avec une palette limitée donne l’impression de possibilités infinies.
"La lumière se déploie en d’immense courbes qui passe du jaune intense au pourpre, finissent dans de lentes dégradations par se muer en un bleu dont le ton clair se fond à son tour dans l’azur foncé du soir."
Hélas, jamais notre équipée n'a atteint le retable d’Issenheim. Colmar oui, mais au-delà de l'horaire d'arrivée initialement prévu, et donc bien après la fermeture du musée Unterlinden. La raison de notre retard était prévisible. Bien trop occupés à déguster les vins alsaciens dans la cave qui était inscrite dans notre circuit, les tour operators avec lesquels je me trouvais n'avaient accepté de repartir qu'après avoir grandement profité de l'hospitalité du vigneron qui lui au moins, compte tenu du chiffre d'affaire qu'il avait réalisé ce jour-là, n'avait pas perdu sa journée.

Version corrigée


Parfois, cependant, les organisateurs prévoient dans nos plannings des moments de détente. Ainsi après un salon en Alsace, une excursion comprenant la visite d'une cave viticole puis celle du musée Unterlinden de Colmar nous était proposée. Je m'y étais inscrit sans hésiter. Au musée de Colmar, je voulais admirer le fameux retable d'Issenheim du peintre Grünewald. J'en avais observé quelques reproductions. La modernité de ce peintre du Haut Moyen Âge m’avait semblé des plus surprenantes. Le panneau consacré à la Résurrection, par exemple, figurait un Jésus-Christ Superstar au graphisme pop psychédélique qui semblait rejoindre Lucy et tous les diamants du ciel. Il n’était pas possible de le voir en dehors des grandes fêtes (Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte...), mais celui de la Crucifixion justifiait à lui seul le déplacement. Il suffit pour s’en convaincre de lire les lignes que Huysmans y a consacrées.
Là, dans l'ancien couvent des Unterlinden, il surgit, dès qu'on entre, farouche, et il vous abasourdit aussitôt avec l'effroyable cauchemar d'un calvaire. C'est comme le typhon d'un art déchaîné qui passe et vous emporte, et il faut quelques minutes pour se reprendre, pour surmonter l'impression d'horreur que suscite ce Christ énorme en croix, dressé dans la nef de ce musée installé dans la vieille église désaffectée du cloître.
Grâce soit rendue à l’écrivain d'avoir noté ses premières impressions face au fameux retable que son époque n'avait pu gâcher par des préjugés nourris du visionnage sur Internet de reproductions aux couleurs viciées. Aujourd'hui, nous ne voyons rien pour la première fois. À de rares exceptions près, nos premières fois sont préparées, conditionnées même, par Google. Certes, Huysmans avait dû observer des photos de l’œuvre. En noir et blanc. Plus loin dans le texte, on peut d’ailleurs noter dans sa description méticuleuse du retable combien il est sensible aux couleurs. Une découverte pour lui. Il en note toutes les nuances, toutes les variations, s’étonne même du savoir-faire de l’artiste qui avec une palette limitée donne l’impression de possibilités infinies.
La lumière se déploie en d’immense courbes qui passe du jaune intense au pourpre, finissent dans de lentes dégradations par se muer en un bleu dont le ton clair se fond à son tour dans l’azur foncé du soir.
Hélas, jamais notre équipée n'a atteint le retable d’Issenheim. Colmar oui, mais au-delà de l'horaire d'arrivée initialement prévu, et bien après la fermeture du musée. La raison de notre retard était prévisible. Bien trop occupés à déguster les vins alsaciens, les tour-opérateurs n'avaient accepté de quitter la cave qu'après avoir grandement profité de l'hospitalité du vigneron. Lui au moins, compte tenu des nombreuses bouteilles vendues, n'avait pas perdu sa journée.

"Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l'Auvergne" : sortie le 7 septembre  aux éditions Arthaud

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