LE PETIT BLOND DANS UN GRAND PARC DE PIERRE RICHARD

Le petit blond dans un grand parc - Pierre Richard
Loin de l'actualité littéraire, ce petit livre de Pierre Richard dans lequel il revient sur son enfance. J'ai découvert l'existence de cette autobiographie, partielle puisque l'acteur est dans sa cinquantaine lorsqu'il la fait paraître en 1989, au sommet de sa gloire donc, en regardant un documentaire à la télévision tandis que j'étais dans un l'hôtel. Celui qui n'a pas de télé la redécouvre à chaque séjour à l'hôtel, zappant d'abord d'une chaine à l'autre pour passer en revue ce qui ce produit de pire au petit écran afin de se persuader qu'il a fait le bon choix en déposant son poste sur le trottoir un beau matin, s'arrêtant enfin sur un programme qui lui propose non pas de combler son temps en regardant un candidat tenter d'interpréter en karaoké les parole d'une chanson tandis qu'un catcheur en slip lui court après, le menace de le plaquer au sol (ça existe, je l'ai vu...). Donc un documentaire sur la vie de Pierre Richard. Comment zapper plus loin face à la proposition de passer une heure avec celui dont les personnages distraits, maladroits, gaffeurs ont nourri ceux que j'ai pu décrire dans Le Front russe, La Campagne de France et, mais dans une moindre mesure déjà, Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l'Auvergne.

Le témoignage est touchant. Entre un grand-père aristo à "la moustache taillée comme un jardin à la française" et un grand-père immigré italien, "cadet d'une famille si nombreuse que lorsque les plats de pâtes arrivaient jusqu'à lui, ils étaient vides", Pierre Richard grandit dans l'absence du père, au temps d'une guerre "si passionnante pour un enfant de six ans". Il décrit l'exode avec des accents de la 7e compagnie : "Pendant qu'on descendait, elle remontait vers l'ennemi, pour redescendre parfois encore plus vite, nous doubler même avec des airs affairés, comme si elle avait oublié quelque chose dans le Sud." Une description de la débâcle qui n'aurait pas déplu à Antoine Blondin dont L'Europe buissonnière, son premier roman, contait les épisodes.

De la guerre à la mort, il n'y a qu'une balle. Pudique, Pierre Richard la raconte chaque fois avec discrétion, sans la nommer le plus souvent. Ainsi de son camarade de classe à l'étoile jaune. "Un matin sa chaise resta vide." Ou de Tipa, le compagnon de sa mère, dont on avait, outrage, fermé la braguette pour l'exposer dans son cercueil, lui qui la laissait toujours ouverte. En voyant cela : "Je compris qu'il était ailleurs pour de bon." Il sait parfois cueillir le lecteur avec des raccourcis d'un humour les plus noirs. De son cousin : "Vous connaissez Tourcoing ? Ce n'est plus Lille. Vous connaissez la banlieue de Tourcoing ? Ce n'est déjà plus Tourcoing. Il s'est tiré une balle dans la tête."   

Pierre Richard nous conte la vie de château, sa famille, son éducation religieuse, l'internat,  ses études peu brillantes, sa découverte du jazz, ses premières virées clandestines, jusqu'à son départ pour Paris et ses débuts d'élèves-comédien, toutes ses premières années sur lesquelles planent une mélancolie et l'absence du père pour lequel la mort cette fois est bien nommée : "A sa mort, je suis resté seul avec lui, toute un nuit en tête-à-tête avec son cercueil, et je l'ai insulté sans répit. Oui, je l'ai insulté en pleurant."  

Le petit blond dans un grand parc, Pierre Richard, éd. Olivier Orban 1989

Pour ceux qui veulent poursuivre avec Pierre Richard sur les années qui ont suivi et le métier d'acteur : 



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