DANCING ZOMBIES






Petite vidéo cachée au fond de mon téléphone, encore, souvenir des Rencontres de la photo à Arles l'été dernier. Retour d'une soirée au théâtre antique. Je n'ai rien noté de la découverte de ce work in progress au détour des arènes, pas même le nom de l'artiste, une photographe sortie de l’École nationale de la photo. Sans doute était-ce après la soirée de lecture par PJ Harvey. Rien n'est noté au sujet de cette découverte fortuite dans l'extrait de mon journal ci-dessous et je n'ai rien écrit à la date suivante. Je ne suis pas régulier dans la tenue de ce journal, je saute des dates, des semaines, parfois des mois. Je ne note pas tout non plus et ce que je note n'est pas forcément ce qui me reste en mémoire, plutôt ce que j'aurais tendance à oublier. Par exemple, rien n'est noté de l'intervention de ce photographe syrien au théâtre antique venu nous parler de la survie dans les décombres d'Alep, de l'impression qu'il avait de voir sa ville mourir autant sous les bombes que dans les articles des journalistes. Tentés par une image littéraire frappante au détriment de l'information, ces derniers décrivaient une ville désertée de toute trace de vie quand les habitants tentaient de survivre. C'est comme si le journaliste autorisait les bombardements aveugles. Oscar Wilde ne pensait sans doute pas à de telles conséquences lorsqu'il écrivait "je pourrais tuer pour un bon mot".  

Samedi 9 juillet 2016

Je reprends ce journal à l'occasion d'un séjour à Arles chez Isabelle et Philippe. Nous sommes venus pour la semaine d'ouverture des rencontres de la photo. Dès le premier jour, jeudi 7, nous avons vu quatre expositions : Bernard Plossu et son Western, tirage Fresson, au grain visible, Don McCullin et ses images de l'Angleterre pré-Thatcherienne (et Thatcherienne) multipliant les références à Dorothea Lange pour ses photos de SDF, aux pictorialistes fin XIXe pour la fin de l'industrie, usant de la même esthétique qui, un siècle plus tôt avait été utilisée pour magnifier, glorifier cette industrie florissante ; Charles Fréger et ses monstres japonais, costumes et masques traditionnels pour lesquels il a utilisé l'Esthétique des mangas (Bioman m'est venu à l'esprit) ; nous avons terminé ce premier jour, ou plutôt cette première demie-journée, avec une installation : Parfaite imperfection, jeu sur les accidents du quotidien, les défauts de fabrication, les erreurs minimes qui par le dérèglement soudain, la légère perturbation du flux habituel, introduit le remarquable dans ce qui n'est plus observé, ni même vu. La journée a pris fin sur le toit d'un parking aménagé en bar éphémère où nous avons diner et bu quelques bières en regardant de loin la victoire de l'équipe de France sur l'Allemagne. L'écran se détachait sur le soleil couchant, le spectacle n'était pas chez ces vingt-deux joueurs, mais tout autour de nous, dans ce ciel embrasé avec lequel Arles nous accueillait, Arles qui pour un soir, par la magie de ce parking et de ce bar éphémère était devenu New York. 

Le vendredi 8, nous sommes partis de la maison vers 13h, déjeuner Au Brin de Thym où la chance nous a offert une belle place en terrasse quand le restaurant était bondé. Juste à côté du restaurant, l'exposition Western camarguais, histoire du cinéma de Baroncelli et Mistral à Johnny Halliday. Dans l'expo, un espace est dédié au film, La Caraque blonde, dans lequel des gardians se voient expulsés pour faire de la place à la riziculture. Plus tard dans la journée, en regardant l'installation de Stéphanie Salinas au cloître Saint-Trophime, consacrée à la halle Lustucru, nous ferons le lien entre ces gardians à qui l'on retire leurs terres et les soldats vietnamiens réquisitionnés pour planter le riz pendant la guerre. Le film qui constitue la première partie de l'installation est remarquable, le croisement des points de vue finit par offrir au spectateur une image réelle de cette halle, de son histoire, sans jamais la montrer. Avant cela, nous sommes passés par l'espace Van Gogh, pour Syd Grosmann et certains de ses élèves parmi lesquels j'ai noté un certain Leipzig, puis Eamon Doyle dont l'installation End montrait un Dublin vieillissant, solitaire, rude, désolé. Pour finir, les expositions, montage vidéo de Seamus Murphy et PJ Harvey (dont nous devons voir la restitution ce soir au théâtre antique) et Swinging Bamako, transcription joyeuse du Mali post colonial des 60's et 70's qui n'occulte pas cependant le poids du régime, socialiste, et le coup d'état de 68 qui viendra arrêter cette joie montante comme il a stoppé la carrière des Maravillas du Mali.
Après un diner avec Isabelle, à la terrasse d'un bistrot du quartier Roquette, où se trouvait Martin Parr, tandis que la jeune génération des photographes dînait au restaurant d'en face, nous avons rejoint Philippe pour une soirée au théâtre antique où Valérie Belin et Andres Serrano ont présenté leur travail. Formidable façon de terminer cette journée. Malgré la fatigue, les deux conférences (master class ?) de 23h à minuit furent fabuleuses, Serrano terminant sur un véritable show au micro pour une rétrospective de son travail.

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