PIERRE RICHARD ET LA NUIT

On est venu comme pour rendre hommage. A lui que l'on veut voir, entendre, sentir, toucher presque dans cette salle Roland Topor, la plus petite du théâtre du Rond-point. Un moment d'intimité avec un monument du cinéma, pas assez reconnu à notre goût. Pas dans toute son ampleur du moins. Peu importe le texte. Ce soir, il sera question de la nuit : Petit éloge de la nuit,  d'Ingrid Astier. Et la nuit convient bien à l'intimité qu'on espère.
Florilège décousu dans lequel il serait vain de chercher un fil narratif, sinon un parallèle avec la vie elle-même qui conduit vers les derniers mots du spectacle : la nuit éternelle. Noir. Avant cela, une nuit d'errance. De Charybde et Scylla, le jour se lève, ou plutôt la salle se rallume. Le spectacle est fini et l'on reste groggy par le manque de sommeil, pas bien sûr de ce que l'on vient de traverser. L'aurore aurait pu nous éclairer mais la fin choisie est plus sombre. 
Malgré quelques facéties de Pierre Richard aux quelles le publics réagit au quart de tour (il est aussi venu pour ça), on reste sur sa faim. Pourtant on en a assez, incapable de savoir si l'on a assisté à une sorte de testament ou à l'exercice d'un acteur réputé comique qui veut prouver (en a-t-il encore besoin ?) son aptitude aux ténèbres. Les deux, comique et noirceur, sont semble-t-il liés.


La salle applaudit, Pierre Richard en redemande, la salle finit par se lever. Il s'agirait d'un chanteur, on attendrait une chanson de plus. Pierre Richard revient sur scène. "Le chat..." commence-t-il. Le public se rassoit, il en reste encore un peu et finalement on est prêt à en reprendre. "... passe sa vie en pyjama." Pierre Richard s'en va, sur cette dernière pirouette, laissant la salle en suspens, cueillie à mi chemin entre la station debout et la position assise. En déséquilibre, au bord de la chute. L'instant de grâce, le décalage parfait que nous étions venu chercher.  

Formulaire de contact

Nom

E-mail *

Message *