RETOUR EN PICARDIE : LEITURA FURIOSA 2017

Abbeville, le vendredi 5 mai, premier jour du festival Leitura furiosa organisé par le Cardan


Nous sommes au musée Boucher-de-Perthes, du nom du père de l'archéologie préhistorique dont il reste quelques pièces dans les collections. Réunis dans la salle pédagogique du musée, nous faisons connaissance. Chacun se présente. Je parle de mon travail d'écriture, des musées, de peinture, profite de la présence dans la salle d'une représentation de la ville datant du XVIIIe, de style naïf, pour échanger avec le groupe : la ville telle qu'elle était alors, la représentation qui en est donnée, la ville telle qu'elle est aujourd'hui.
photo Jean-François Legalland


Parmi les participants, trois personnes apprennent le français : Farhana qui vient du nord du Pakistan, Samira du Maroc et Kitlavan de Thaïlande. Farhana est venue avec quelques poèmes de sa plume. Le premier nous parle de l'amour, le deuxième d'espoir et de l'enthousiasme qu'il ne faut jamais perdre. Un poème en forme de vœux pour la nouvelle année que le maire de son village a décidé de publier dans le bulletin municipal. Une grande fierté pour Farhana. Dans le texte que j'écris le soir-même, je glisse une allusion à ces deux poèmes : 

photo Jean-François Legalland



Pour voyager, rien ne vaut l'amour. Pas d'effet secondaire, sauf quand ça s'arrête bien sûr. Là, ça fait mal au cœur. Grave. Mais c'est pas grave, on se relève et on repart. Parce que quand ça roule, l'amour, ça vous mène loin. En plus l'amour, il y en a partout : dans les arbres, le soleil, la neige, le vent, la nuit, les tableaux, les sculptures... L'amour de l'art, en somme. Ou l'art de l'amour, mais sans sextoys, juste avec l'imagination.

L'histoire des sextoys n'est pas dans les poèmes de Farahna. Il s'agit d'un clin d’œil aux échanges de quelques-unes des filles du groupe qui parlaient librement de ce sujet pendant le déjeuner.

Après la pause déjeuner à la bibliothèque municipale, nous retournons au musée pour une visite des collections. L'idée est de faire un premier tour afin de repérer chacun une ou deux œuvres qui nous interpellent, de rebrousser chemin ensuite en prenant chacun la parole devant les œuvres pour expliquer les raisons pour lesquelles nous les avons choisies. 
La conservatrice du musée nous l'a annoncé à notre arrivée le matin, l'ours polaire, jusque-là en réserve, vient d'être installé dans les salles. Bien qu'elle soit empaillée, la bête sauvage aux dents menaçantes effraie Ingrid.




On a continué la route, direction le pôle nord. La banquise, le vent glacial et les choquottes, les miquettes, la trouille, quoi ! Nez à nez avec un ours polaire. Des dents comme des épées, qui coupent en quatre en moins de deux. Et je ne parle pas des griffes. Un coup de patte, et ton falsard finit en short à franges.

Face à l'ours polaire, un objet de cabinet de curiosités. Le palier sur lequel nous nous trouvons évoque par ces deux objets les expéditions, les voyages exotiques. Chantal est intriguée par cet assemblage de lances, de pagaies, de mocassins...


On n'a pas trainé. Demi-tour. Manque de bol, on s'est retrouvé au milieu d'une tribu d'Océanie, les lances pointés dans toutes les directions, prêtes à fuser.

Nous passons rapidement le niveau suivant où sont proposées quelques toiles représentant Abbeville telle qu'elle n'est plus. Les bombardements allemands de 1940 n'ont pas laissé grand chose. On retrouve cependant quelques traces tels des ponts métalliques encore debouts, aux dires de certains, sur le canal de dérivation de la Somme.

Au niveau intermédiaire du musée, une exposition nous propose un voyage en Italie, évoquant la mythologie moderne de ce pays construite depuis le Grand Tour jusqu'au cinéma. Marjolaine est prête pour le départ.





L'instant d'après, la Dolce vità. Chemise ouverte, robe légère, lunettes de soleil. L'Italie et pas un footballeur à l'horizon. Non, ici c'est l'Italie raffinée, celle de l'architecture antique. Les mecs savaient poser un parpaing à l'époque, y a pas à dire. La preuve, ça tient encore debout. Ah, la Rome antique... Question romantisme, y a pas mieux que Venise. Parfait pour les amoureux. Mais comme dit la chanson, Venise, c'est chez n'importe qui. L'amour, il y en a partout, je vous l'ai déjà dit. Alors, allons voir ailleurs si l'amour y est. En Vespa ? On emportera un peu d'Italie avec nous. 


Enfin, nous revenons dans la salle principale du musée, au rez-de-chaussée. Celle par laquelle débute la visite mais où notre cheminement à rebours se termine. Devant un dyptique du 15e siècle, nous parlons de perspective, des difficultés que les artistes ont eu à la reproduire. Là le peintre s'est joué des proportions naturelles pour équilibrer son personnage.



Un peu plus loin, deux reliquaires dans lesquels sont déposés des fragments d'os et des dents des saintes : j'en profite pour évoquer l'abbaye de Saint-Riquier où l'ont peut voir d'autres reliquaires, très proche d'Abbeville.

Nous poursuivons. Deux tableaux curieux de l'école hollandaise, mélangeant les genres, peinture religieuse, portrait et nature morte. L'un d'entre eux, une maternité, interpelle Florence. Miguel a lui choisi un tableau de la salle suivante qui lui évoque un personnage de gueule cassée dans le roman de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut. De l'autre côté, un tableau en cours de restauration : nous en profitons pour parler des missions d'un musée.






On a croisé un type bizarre avec un pied comme une dent de mammouth, des jambes de criquet et un bras de singe, des femmes avec des trous dans la tête pour y ranger leurs dents, d'autres cachés sous les fleurs, un polichinelle, même pas dans le tiroir, et tout un groupe bardé de sparadrap. Drôles de rencontres.
 
photo Jean-François Legalland

Passage dans la partie naturaliste de la salle, des artistes picards. Farhana et Kitlavan apprécient la quiétude qui se dégage de ces tableaux, la vie simple, organisée, bien remplie. Encore un fois, nous abordons la question de la représentation qui n'est pas le réel. Chantal reconnaît l'église de son village, Rue. Je montre une représentation de la plage du Crotoy, proche d'un Boudin, pour la simplicité avec laquelle le peintre a figuré les personnages : un simple coup de pinceau noir, comme un fragment d'idéogrammes, en un seul mouvement.La visite se termine par la contemplation d'un grand format d'Alfred Manessier : Les Hortillonnages le soir.




Et puis soudain, sous nos yeux, la Picardie. Retour à la maison. On sortait de l'église de Rue, juste avant la plage du Crotoy. Des couleurs pleins les yeux : Les hortillonnages comme on ne les avait jamais vus. Deux mètres de haut, cinq de long. Le voyage près de chez nous. L'immersion mystique.

La journée prend fin. Je dois à présent imaginer un texte à partir de cette rencontre. Je suggère le thème du voyage au groupe. Rendez-vous demain matin pour une lecture commune.

Samedi 6 mai, Amiens, deuxième jour du festival.
photo Jean-François Legalland


On se retrouve à la Maison de la Culture d'Amiens, La MACU comme on l'appelle ici. Au groupe, je lis le texte que j'ai achevé vers une heure et demi du matin. Le règlement est strict. Nous devons remettre un texte de 3000 signes. Or celui que j'ai écrit en compte trois cents de trop. Nous nous mettons au travail, traquons ensemble les mots inutiles, cherchons des façons plus simples de dire les choses. Au bout d'une vingtaines de minutes, nous y parvenons. Le texte est prêt. Beau travail d'équipe. Nous rendons le texte qui va à présent être préparé pour l'impression, mis en page, illustré et même envoyé à la traduction au Portugal où Leitura furiosa se déroule en même temps.



photo Jean-François Legalland

Pendant ce temps, nous profitons d'Amiens, en visitons ses librairies. Dans celle du Labyrinthe où nous retrouvons l’incontournable Philippe Leuleu. De retour à la MACU, une petite séance de dédicaces m'attend. Les membres du groupe ont eu la gentillesse, la délicatesse d'acheter chacun un de mes romans. Sympa !

Dimanche 7 mai, Amiens encore, toujours à la MACU, troisième et dernier jour de Leitura furiosa.

C'est la journée de restitution des textes, ceux écrits par les auteurs invités en Picardie et quelques-uns écrits par d'autres auteurs au Portugal. Le texte de notre groupe, dont vous avez déjà lu quelques extraits en italiques dans le récit de la première journée, s'intitule Le voyage sans bouger et commence ainsi :

On y va comment ? En train ? Trop long. En bateau ? J'ai le mal de mer. En avion ? Jamais ! Un truc en fer qui tient en l'air, j'y crois pas. Laissez tomber, j'ai mieux à proposer.

Vous pouvez le découvrir dans son intégralité et illustré par Fraco sur le site du Cardan. Vous y retrouverez aussi les photos de Pierre Mongaux, des lectures sur scène et des photos souvenirs. Car tout cela ce ne sont que des bons souvenirs, des moments partagés.

Merci à Chantal, Farhana, Florence, Ingrid, Jean-François, Kitlavan, Marjolaine, Mathieu, Miguel, Samira, Stéphanie, sans oublier Juliette, la conservatrice qui nous a aimablement accueilli au musée Boucher-de-Perthes.

PS : Voici l'un des poèmes que Farhana (en photo) a souhaité partager avec nous.



 


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