TU AURAIS PU...

Résultat d'un exercice réalisé en formation à la conduite d'ateliers d'écriture. À partir d'une phrase tirée d'un texte réalisé dans un premier exercice, écrire un portrait en s'inspirant du modèle de Jean Grégor dans son livre Tu aurais pu paru chez Balland. En voici le résultat brut avec les ratures et sans aucune modification à la retranscription. Vers la fin du texte, s'est imposée une phrase que m'avait livrée Joseph Incardona lors d'une interview en 2008. Vous pouvez suivre le lien vers la fin du texte pour lire cette interview. 


Tu aurais pu être cinéaste, réaliser des films sur le monde qui t'entoure, celui de tes enfants, celui de tes voisins, de ceux qui habitent ton quartier et que tu croises chaque jour. Tu aurais pu t'inspirer de leur vie, la transformer pour servir les besoins de tes histoires ; tu aurais imaginé la vie de ceux que tu ne connais pas mais dont tu aurais saisi une attitude, la tristesse, la joie, des larmes dans les deux cas, un geste d'agacement, un regard qui en dit long... Tu aurais alors échafaudé des plans, des hypothèses : et si untel avait croisé un autre ? Et si les larmes de celle-ci étaient le résultat du regard qui en dit long ? Tu aurais pu alors tourner le film racontant l'histoire de ton quartier telle qu'elle aurait pu être, pas tout à fait la même, ni tout à fait une autre. T'es voisins, tes enfants, ceux que tu croises dans ton quartier et même ceux que tu ne connais pas seraient venus assister à la première dans le cinéma d'art et essai au bout de ta rue. Tu serais entré dans la salle en dernier, tu aurais descendu les marches, salué quelques uns au passage, te serais installé au siège qui t'aurais été réservé pour toi au premier rang. À la fin de la projection, tu te serais levé, tu aurais accueilli d'un air faussement gêné les applaudissements des habitants du quartier, heureux de retrouver leur quotidien à l'écran. Tu aurais répondu aux questions, expliqué ta démarche de retranscrire la vie telle que tu la vois sans en dévoiler la part intime et privée de chacun. Tu aurais expliqué alors le nécessaire glissement du réel observé vers la fiction, l'appel à l'imagination. Alors Certains auraient salué cette délicatesse, d'autres y auraient vu sans doute une forme de trahison. Tu aurais alors expliqué à cette femme qui se serait reconnue dans celle qui, dans le film, accoudée au comptoir du bistrot du quartier pleurait devant un café qu'elle laissait refroidir que ce n'était pas lui voler sa vie tu ne lui avais pas volé un morceau de sa vie, que tu cherchais avant tout à dresser le portrait de ton quartier. Elle n'en démordrait pas, finirait par s'énerver, te traiterait de voleur, de voleur et de menteur, avant de quitter la salle, laissant l'assistance dans un silence gêné. Tu n'aurais pas su quoi dire pour rompre ce silence. Et le directeur du cinéma aurait volé à ton secours en invitant tout le monde à partager un verre ceux qui le souhaitaient à poursuivre la discussion dans le café voisin. 

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