JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #72 DOMINIQUE BOENO

Disparitions, Jeanne Moreau, Sam Sheppard et Dominique Boeno : Le tourbillon de la vie


Ce matin dans le bus en allant au bureau, je me disais : encore une journée où il ne se passera rien. Je n'aurai rien à raconter ce soir, devrai broder à vide comme il arrive parfois. Tombe alors la nouvelle de la disparition de Jeanne Moreau. Bien sûr, Jules et Jim, Ascenseur pour l’échafaud, Les Valseuses... On trouvera quelque chose à dire. Jeanne Moreau est un monument qui disparaît du paysage, toute une époque. On ne sera pas original mais bon. Et puis en fin de journée, arrive l'un de ces mails détestables envoyés "à tous les utilisateurs" par le service RH et qui m'apprend la disparition de Dominique Boeno, compagnon de la revue Antidata, avec lequel je m'étais lancé il y a quelques années dans l'écriture d'un polar à quatre mains. Souvenir de nos échanges, des discussions sur le parcours d'un personnage, les réflexions d'un autre. Des discussions passionnées, où chacun donnait ses arguments, où parfois aucun ne lâchait. Nous ne sommes pas allés au bout de ce roman. Dominique a ensuite écrit pour la jeunesse. Les quelque trois cents pages écrites ensemble dorment depuis dans nos ordinateurs. Je ne les ai jamais relues. Elles sont importantes pourtant. Sans elles, sans ce travail effectué avec Dominique, je ne serai peut-être jamais passé au roman, pas seul du moins. La peur du vide sans doute. Je n'avais jusque-là écrit que des nouvelles, des fictions pour la radio. Je lui dois mon envol. Ce soir, alors que je suis en train d'écrire ce billet, j'apprends la mort de Sam Shepard, auteur dont j'appréciais les nouvelles. À choisir, j'aurais préféré une journée où il ne se passe rien. 


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