JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #157 BELLA FIGURA DE YASMINA REZA

Théâtre, bourgeoisie, effondrement : les bourgeois décalés


Bella Figura, une soirée au restaurant en discontinuité. L'histoire importe moins que les interactions entre les personnages. Yasmina Reza, auteur, et metteur en scène pour cette reprise au théâtre du Rond-Point, s’intéresse avant tout à l’effritement d’un milieu petit bourgeois, ici de province. Quelques grains de sable (un mauvais choix de restaurant pour commencer) viennent dérégler la machine et la soirée du couple adultère vire au vaudeville, mais un vaudeville qui rapidement ne cache plus rien. Le vernis craque, les corps s’affaissent, les esprits se révèlent. Un vaudeville triste, a dit Cécile en sortant du théâtre. Pourtant on rit beaucoup. Jaune le plus souvent. La distribution est très réussie. Micha Lescot toujours grandiose, Emmanuel Devos parfaite en maîtresse déglinguée. Josiane Stoléru campe une belle-mère qui perd la tête avec grande justesse. Les deux autres personnages, Boris et Françoise (Louis-Do de Lencquesaing et Camille Japy), tenant le rôle compliqué de piliers de cette société : l’un qui s’effondre (couple, travail, position sociale : plus rien ne tient chez Boris), l’autre sur lequel repose le fragile équilibre de ce monde bourgeois à la dérive. Françoise est la meilleure amie de Patricia, la femme de Boris. L’équilibre de ce monde repose donc sur son mensonge à venir, sur sa volonté aussi de maintenir le lien entre une belle-mère qui perd la boule et son fils, un pantin, un fantoche. Tout un petit monde qui ne parvient même plus à faire bonne figure mais auquel Yasmina Reza donne par sa mise en scène un peu de légèreté. Belles trouvailles symboliques que la voiture de Boris, trop jaune, trop clinquante, que ces talons rouges trop hauts, trop chers aux pieds d’Andréa, la pharmacienne : enfin en vrai, je suis préparatrice en pharmacie... Trop d’apparence. Qu'Andréa d'abord, puis Yvonne balayent, au mépris des conventions sociales, affichant leur humanité, leur sincérité désarmante, d'une maîtresse en manque de considération, d'une vieille dame à qui la vie échappe. A quoi bon faire bonne figure si c'est pour se vautrer dans la médiocrité. 

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