UN JOUR AVEC ANNA ROZEN

mon samedi presque parfait ...


commence un peu trop tôt à mon goût (huit heures quarante) par le contact mouillé du bout du nez de monsieur Sardine sur le mien. Il a faim, évidemment. Je me console de cette grasse-mat annulée dans l'œuf en retournant me coucher illico une fois la cuiller de croquettes versée dans l'écuelle interactive (;-). Après avoir rêvassé pendant une demi-heure, je me lance mollement dans ce samedi solitaire. Comme j'ai voluptueusement étiré mon petit déjeuner, une fois les corvées domestiques et personnelles exécutées, la mi-journée est déjà largement dépassée.
Vu que la ville est froide et que le gris pâle domine tout, je décide d'aller au cinéma. Les vingt minutes de marche qui m'y mènent sont juste ce qu'il faut. Je vais voir le fameux Blade Runner 2049 dont j'ai entendu dire qu'il est très beau - deux fois dans les deux jours précédents - et très long - je peux donc faire une croix sur mon déjeuner. Qu'à cela ne tienne, c'est l'occasion rêvée de m'adonner à ce plaisir complet qu'est l'ingestion minutieuse d'un carton de popcorn pendant les pubs et les bandes annonces.
Je demande à la fille derrière le comptoir des confiseries si elle peut mélanger salé et sucré. Pas du tout décontenancée : "vous les voulez l'un sur l'autre à l'horizontale ou côte à côte à la verticale ?"
Très impressionnée par son souci de précision, je les choisis face à face plutôt que superposés, en me demandant si elle a, pour réussir ce prodige, une cloison amovible spéciale à sa disposition. Pas du tout, elle me montre : elle penche le carton à l'horizontale de manière à n'en remplir qu'une face de sucré, puis, sur cette longue surface, sans redresser le carton bien sûr, elle dépose le salé. Elle pousse la perfection jusqu'à ajouter : joignant le geste à la parole "un mélange des deux pour compléter, sur le dessus".
J'ai donc savouré ce prodige d'abord en regardant les cygnes langoureux et tendres qui s'ébattaient sur le bassin, à distance des mouettes qui, elles, jouaient les canards de bain, puis, dans la pénombre de la salle, en me demandant ce que cachait le clip tout doré plein d'acrobates sur leurs trapèzes et dont la voix off faisait l'éloge de l'électricité ... j'aurais dû noter le texte : tout ce qu'il racontait de notre liberté décuplée, de nos sensations augmentées et que sais-je encore, paraissait avouer qu'il s'agissait de tout le contraire : nous coincer, nous désensibiliser, nous immobiliser ... Heureusement que je pouvais calmer mes inquiétudes avec du popcorn salé-sucré par pincées successives et infinies.
Tout ça, bien sûr pour une bagnole !
Et, puisque Jean Claude Lalumière m'a donné carte blanche, je ne vais rien dire du film, sinon qu'il est effectivement très beau et qu'il a admirablement rempli son office, qui était de combler les heures creuses de ce samedi, pour passer directement aux roses Piaget, à coroles pivoinesques et divinement parfumées que je me suis offertes ensuite, et dont le rose chaud, plus intense au bord des pétales découpés, rappelait joliment la couleur du couchant venu trop vite.
Après quoi j'ai complimenté deux lutins qui aidaient leur père à vider son panier de courses sur un tapis non roulant.
Enfin, je suis rentrée chez moi mettre les roses dans l'eau, après quoi j'ai constaté que Monsieur Sardine dans son impatience avait déchiqueté non un bout de papier lambda comme je l'ai cru d'abord, mais bien celui dans lequel était emballée une excellente brioche ...
Il était grand temps de le resservir en croquettes.
Et pour finir, me récompenser de cette journée bien employée, je me suis installée au coin du canapé avec le gros Dossier M de Grégoire Bouillier, mon plaisir du moment, et je n'en ai plus levé le nez que pour jeter de temps à autre, un œil émerveillé aux roses dans leur vase bleu posé devant moi sur la table basse.
C'est ainsi que tout tourne rond.

Anna Rozen, samedi 18 novembre 2017

Rosa, roses, Rozen (si, si, regardez bien)
Rosa, roses, Rozen (si, si, regardez bien)

Anna Rozen est romancière et publie ses ouvrages au Dilettante où nous nous sommes rencontrés en 2010 lors d'une soirée de la revue Décapage. Vous pouvez lire ses élucubrations personnelles et blogueuses, les rendez-vous du 26, sur son overblogozen, ci-là : http://overblogozen.over-blog.com/ 
Pour la lire quotidiennement, il y a aussi La Gymnastique des Jours Ouvrés http://rozenblog2.blogspot.fr/ 
Et bien sûr, ses romans ! Je l'ai découverte avec La Bombe et moi. Son dernier titre vous révèle la distance et le second degré sont elle sait faire preuve : J'ai eu des nuits ridicules.

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