Carnets

Reconstitution en cours... 
Je ne tiens pas de journal, mais je note parfois dans mon carnet ou sur des feuilles volantes des impressions, des phrases qui viennent soudain et qui pourraient servir pour un roman en cours (celles-là, je ne les délivre qu'une fois le roman publié), des souvenirs, des passages tirés de mes lectures, écrie aussi des billets pour mon blog... Petit à petit, je les exhume (surtout les bouts de papier coincés au fond des tiroirs) et les reporte ici. Tout cela (ou presque, je vous épargne les listes de courses) mis bout à bout reste disparate, sans lien apparent mais pas sans intérêt, j'espère.  

31/03/2015 : TAYLORSWIFT.PORN

J'ai décidé de ne pas acheter jean-claude-lalumiere.porn. 

Jean-claude.porn, j'ai vérifié, est déjà pris. 

Au fait, c'est qui Taylor Swift ? 

09/01/2015 : IRONIE

C'est une idée étrange que de se réfugier dans une imprimerie lorsqu'on assassine ceux qui défendent la liberté d'expression...

07/01/2015 : PARIS

Lire au matin dans Les Détectives sauvages de Roberto Bolaño cette phrase : "...vivre à Paris, c'est connu, use, défait toutes les vocations qui ne sont pas de fer, encanaille, pousse à l'oubli." Douter quelques instants. Et trouver dans les événements tragiques de cette journée, les raisons mêmes de poursuivre, de renforcer l'envie d'écrire et de ne pas oublier.

25/09/2014 : PARENTHÈSES

Dans un magazine féminin, pour introduire un article sur Chiara Mastroiani, le journaliste apporte cette indication : "la fille de Marcello et Catherine (Deneuve)". Je me demande à qui s'adressent ces parenthèses. Qui sont ces lecteurs (lectrices en l’occurrence) à qui il faut préciser que la Catherine ici convoquée s'appelle Deneuve mais qui n'ont pas besoin d'être renseignés (parce qu'ils le connaissent déjà ?) sur le patronyme du Marcello en question?
 
17/09/2014 : COQUILLE 

Petite coquille relevée dans le livre que je lis en ce moment, Le Monde n'a pas de fin de Bilal Tanweer paru chez Stock pour la rentrée littéraire : Je faisais de mon mieux pour me montrer aussi dur à cuir que lui. En d'autres termes, avoir la peau dure... Cette coquille n'enlève rien à la qualité du roman. Je poursuis donc ma lecture.

08/09/2014 : PREMIÈRE PHRASE


J'ai toujours apprécié les filles qui travaillent dans les bistrots, m'a-t-il dit. Voilà qui ferait un bonne première phrase de roman, lui ai-je répondu. Tu peux y aller, utilise-là, je te la donne, a-t-il poursuivi. Je ne l'ai pas remercié. Une fois prononcée, même par un autre, même par lui, cette phrase m'appartenait déjà.

01/01/2014 : RENTRÉE DES CLASSES

La pension des Nonnes - Pierre Veilletet
Dans le bus, je reprends la lecture de La pension des nonnes de Pierre Veilletet que j'avais entrepris la veille de mon départ en vacances et que je retrouve dans mon sac. Ce livre, un petit volume de 80 pages, m'a été offert par Louise-Marie et Philippe Lemahieu de la librairie Pax à Liège qui m'avaient invité en avril dernier. Il ne me reste que quelques pages à parcourir. Reprendre cette lecture d'avant les vacances ne changera rien au fait que celles-ci sont bien terminées. Je retrouve Domenico dans les rues de Hambourg. Il me décrit les vitrines des prostituées : La nuit servait de toiture. De faibles lueurs émanaient des vitrines. [...] A l'intérieur, baignant dans une substance verdâtre, mauve ou ocre, se tenaient de fortes femmes à la nudités soulignée de cuir, de dentelles noires, de lanières d'or, aux perruques acryliques et aux poitrines également volumineuses... La description se poursuit sur quelques lignes encore et j'en note précieusement la référence car elle m'évoque un séjour en Belgique, il y a vingt ans. Un passage dans le quartier de la gare à Liège, justement, où l'on trouve aussi ces vitrines où s'exposent les femmes, mon ami Samuel qui, depuis la voiture, tente de photographier une fille dans une vitrine, le malaise qui me gagne quand je le vois faire ce geste et qui grandit encore quand la fille, en voyant l'appareil, tourne la tête, l'engueulade qui a suivi. Tout cela, Liège, la venue à la librairie Pax, ces bribes d'un passage nocturne dans les rues de cette ville en 1994, un voyage professionnel en 2008 s’intégrera dans un livre dont j'ai mûri le projet cet été. 

26/06/2014 : C'EST PAS GENTIL
Ce matin, à la radio, il était question d'euthanasie et pour parler d'un sujet aussi sérieux, l'animateur avait convié une personnalité sérieuse, ancien médecin, ancien ministre, ancien acteur aussi je crois : Bernard Kouchner, lequel démarra son intervention par cette phrase édifiante (je cite grosso modo, c'est pas du Mallarmé non plus...) : "je n'aime pas le mot euthanasie, parce que dans euthanasie, il y a nazi et ce n'est pas très gentil".
Celle-là personne ne l'avait vu venir... Ça démarrait fort, très fort. Comment cela a terminé? Je ne sais pas. J'ai préféré éteindre le poste.
29/05/2014 : COMPRENDRE
A force de parler d'un livre, on finit par comprendre pourquoi on l'a écrit.
27/05/2014 : QUI A DIT QUE LES JEUNES NE LISAIENT PAS ?
La Campagne de France figurant dans la sélection du prix littéraire francophone organisé par le Lycée Mendès France, j'étais allé à la rencontre des élèves de Vitrolles au début du mois d'avril et nous avions échangé pendant deux heures. Ce fut une discussion dense ; les questions étaient nombreuses et même parfois très précises.
Les élèves ont depuis voté et élu La Campagne de France. Je les en remercie vivement ! On dira ce qu'on veut sur les prix, être distingué par un jury de lecteurs attentifs (j'ai pu le constater lors de nos échanges) touche à chaque fois l'auteur que je suis. Quand je dis à chaque fois, n'allez pas croire que j'en ai eu des dizaines de ces prix-là... Mais c'est justement parce que je n'en ai pas eu beaucoup (je les compte sur les doigts d'une main et encore, je n'utilise pas tous les doigts) que je les apprécie d'autant plus. Il ne nous reste plus qu'à trouver une date à l'automne pour organiser la cérémonie de remise du prix...
07/05/2014 : CAMEMBERT
J'apprends que le peuplier, qui sert entre autres choses à la fabrication des boîtes à camembert, disparaît de nos campagnes. Outre les effets des tempêtes qu'il a dû subir ces dernières années, cet arbre souffre d'une mauvaise image : on lui reproche de cacher le paysage. Certes, si l'on se poste devant une rangée de peupliers, on voit surtout des peupliers. Mais cela vaut pour un rang de fraisiers, si l'on se colle le nez dessus. Pour peu que l'on prenne du recul, on se rendra compte que le peuplier fait partie intégrante du paysage, qu'il peut en révéler certains éléments a priori invisible tel que le vent (voir ci-dessous). Un arbre ne cache le paysage (ou la forêt) qu'aux yeux de ceux qui ne savent pas regarder. Un arbre peut à lui seul constituer un paysage, un monde, un univers.
Toujours est-il, qu'il va falloir importer du peuplier pour emballer nos fromages...
05/05/2014 : EXODE RURAL
La boulangerie, fermée, la boucherie, fermée, la quincaillerie, fermée... Il n'y a que la maison du bon dieu qui ouvre de temps en temps. Et encore, c'est pour les enterrements.
16/04/2014 : SOLITUDE
Pour un dialogue dans roman en cours qui se passe sur l'île d'Oléron
Lui : J'aime marcher seul sur la plage.
Elle : Moi aussi. Tu veux qu'on y aille ensemble
19/03/2014 : ALORS ? HEUREUX ?
J'étais, hier, l'invité d'Arthur Dreyfus dans son émission Encore Heureux sur France Inter pour discuter de mon roman, Comme un karatka belge qui fait du cinéma. Deux chroniqueuses étaient en notre compagnie, Clara Dupont-Monod et Eva Bester. Cette dernière nous a présenté le travail d'un photographe, Gilbert Garcin, dont vous pouvez observer le travail à travers l'exemple qui se trouve ici,Icare contrecarré, dont Eva m'avait confié la description à l'antenne. Le choix n'était pas dû au hasard : cette photo aurait très bien pu illustrer Le Front russe ou le Karatéka belge. Pas simple en tout cas de faire voir (plutôt que montrer) de la photo à la radio. Très belle idée, je trouve. Vous pouvez en découvrir d'avantage sur le site de l'artiste. Le travail de ce photographe m'a fait penser à celui d'un sculpteur, Isaac Cordal, qui lui aussi joue sur la mise en situation d'un personnage ou d'un groupe de personnages dans un univers démesuré, créant ainsi des confrontations parfois aussi surréalistes que celles des compositions de Garcin.
Vous pouvez écouter la baladodiffusion de l'émission sur le site de France Inter
27/01/2014 : FA(M)ILLE
Faute de frappe, j'écris le mot famille sans le M, sans le son "ème", sans le mot "aime" ; il ne me reste qu'une faille dans laquelle s'abimer.
09/01/2014 : JOURNAL
Je n'écris presque jamais dans mon journal. Pourtant, il se passe beaucoup de choses très intéressantes.
08/12/2013 : ARGUMENT
Au salon du livre de Blaye (Gironde), Livres en Citadelle, un auteur tente de convaincre un visiteur d'acheter son roman : "Rassurez-vous, je ne suis pas proustien."
27/10/2013 : QUESTIONS
Je me pose des questions. Oui, quand on écrit, on se pose des questions. Beaucoup même. C'est la moindre des choses. Et l'on s'en pose encore plus lorsqu'on se lance dans l'aventure des ateliers d'écriture, que ces ateliers d'écriture sont dédiés à l'humour et que je découvre l'article paru dans la presse locale à la suite de la première série d'ateliers qui s'est déroulées en septembre. Je cite : "On ne rigole pas avec l'humour". Fichtre, celle-là, je l'avais pas vu venir... Aurais-je barbé les participants ? J'en suis bien capable. Combien de fois mon éditeur m'a-t-il dit que lorsqu'il m'entendait parler de mes livres à la radio ou à la télé, ça ne lui donnait pas envie de les acheter... Heureusement, il est là pour les vendre... Mais je le crois et je me dis que j'ai bien dû être aussi peu persuasif dans l'exercice des ateliers d'écriture. Du coup, je ne sais si je dois me réjouir ou pas du fait que le journaliste ait mal compris mon nom, ou mal lu. Jean-Claude Larrivière... Les titres sont les bons, c'est déjà ça... Ça, c'était à Montdidier, charmante commune qui vit naitre Parmentier et qui dispute à Eysines, ma ville natale, le titre de capitale de la pomme de terre. Dans Le Front russe, j'attribue ce titre à Eysines bien sûr... Ecorcher mon nom était-il une façon de se venger de cet affront ?
A Monchy-Lagache, il faut croire que je m'en suis mieux sorti. Geneviève est arrivée avec son texte en main. Du coup, la journaliste présente nous a pris en photo et après on s'est remis au boulot, parce que c'est bien beau de poser devant les objectifs comme les starlettes sur la Croisette, mais on était quand même là pour ça : travailler (pas pour rigoler, je vous rappelle. Rêver à la rigueur...). Et je dois dire que le groupe de Monchy-Lagache a bien travaillé. On tient un petit scénario pas mal du tout (c'est du concret, du brutal : à Monchy-Lagache, les filles carburent pas à la tisane...) et je suis impatient de voir comment chacune des participantes va le transformer en nouvelle.
26/10/2013 : UN SAMEDI A LA CAMPAGNE
Youkaidi, youkaida, ce samedi 26 octobre, je file à la campagne (Ozoir-la-Ferrièe, c'est encore la campagne?) avec mes copines du Dilettante, Murielle Renault et Anna Rozen. Ensemble, nous partirons de bon matin pour nous rendre à Ozoir-la-Ferrière afin de participer au salon du livre de cette bonne ville. J'y retrouverai une autre camarade, Manon Moreau, auréolée de son nouveau prix Ozoir'elle pour son recueil de nouvelles Suzanne aux yeux noirs paru chez Delphine Montalant qui sera là aussi j'espère. Certains se souviennent peut-être (j'aime bien écrire ce genre de phrases qui laissent penser que j'ai, sur ce blog, des lecteurs fidèles, réguliers et dotés d'une très bonne mémoire qui plus est), Manon avec son premier roman Le Vestibule des causes perdues fut la lauréate du prix du (métro) Goncourt 2011 dont je présidais le jury cette année-là, l'ayant moi-même reçu l'année précédente pour Le Front russe.

Ce jour-là, le site internet Envie d'écrire m'a demandé de parler mon travail. Vous pouvez voir le résultat de ce bref entretien. On ne devrait jamais interviewer un écrivain le matin.

10/10/2013 : ATELIERS D’ÉCRITURE EN PICARDIE
Dès lundi, je reprendrai le train pour une deuxième cession des ateliers d'écriture dédiés à l'humour dans le Santerre, riante campagne de l'est de la Picardie dont les spécialités sont les betteraves, les patates et les cimetières militaires. Je vous entends déjà me plaindre... Halte-là ! Car ces ateliers organisés par la bibliothèque départementale de la Somme me donnent l'occasion de faire de belles rencontres, très variées à l'instar des publics sélectionnés par les bibliothècaires impliqués dans cette résidence. J'en profite pour les remercier tous ici : Brigitte, Stéphanie et David de la BDS qui me véhiculent à travers le Santerre et me font découvrir par des détours dont Brigitte a le secret cette région qui mérite de l'être, les bibliothècaires des structures municipales qui m'accueillent chaleureusement en leurs murs aussi et enfin les participants bien sûr. Cette résidence a débuté en septembre et se terminera en novembre. Le résultat de ces ateliers donnera lieu à une restitution en février à la médiathèque de Chaulnes. Je vous en reparlerai à l'occasion.
Les détails sur cette résidence sont sur le site de la bibliothèque départementale de la Somme. A lire aussi, un article sur L'Aisne Nouvelle.

09/06/2013 : LECTURES DOMINICALES

J'ai passé la journée à lire. Le roman de Gaëlle Josse, Noces de neige, tout d'abord. Gaëlle Josse était l'auteur avec laquelle j'étais invité à Saint-Germain-en-Laye il y a quelques semaines. Je me souviens de la description des paysages enneigés depuis le train dans le passage lu par nos hôtes et de l'intervention un peu rude d'un membre de l'assistance qui reprochait à l'auteur sa dernière partie, inutile à sons sens. C'est un roman court qui joue sur l'alternance des récits, celui d'Irina qui voyage de la Russie vers la France et d'Anna qui voyage en sens inverse. Les deux récits se déroule à 130 ans d’intervalle. En 2012, pour Irina, en 1881, pour Anna. Gaëlle Josse orchestre bien ces deux histoires, jouant sur les fins de chapitre pour dynamiser son roman. Elle offre au lecteur un dénouement qui reliera les deux histoires que rien jusqu'à cet ultime chapitre ne relie, sinon les parcours inversés. Injuste donc l'intervention de cet homme, ce soir de la rencontre à Saint Germain. Mais c'est le risque de la confrontation au lecteur qui parfois est tenté de vous dire ce qu'il aurait aimé lire. Il faut de la diplomatie alors pour lui expliquer qu’il s'agit là d'un autre livre, mais pas du vôtre. Dans la foulée, j'ai enchainé sur Chaque jour est un adieu, récit d'Alain Rémond que j'ai rencontré à Alençon, il y a une semaine. Il revient sur la maison de son enfance, sur l'histoire familiale. Le livre m'a fait penser au roman de Michel Besnier, Une Maison n'est rien, que j'avais lu il y a quelques années et qui m'avait touché, tout comme plus récemment celui de Jean-Baptiste Harang, La chambre de la Stella. Je me suis longtemps posé la question de cette épreuve de la liquidation de la vie de nos parents. Et puis quand mon tour est venu, quand il y a deux ans, il a fallu vider l'appartement de ma mère, tout s'est fait très vite, tout a été expédié. Nous étions si nombreux, que le recueillement sur les objets anodins n'était pas permis. J'aurais pourtant aimé prolonger sa présence à travers le tri de quelques papiers, de la vaisselle, faire doucement le deuil de sa vie matérielle, avec délicatesse pas comme une entreprise de déménagement dont le temps est compté.
30/04/2013 : FUNAMBULE
Sur le fil, Georges Didi-Huberman, Minuit
Paru en mars aux éditions de Minuit, Sur le fil de Georges Didi Huberman m'a interpellé car il semblait aborder certaines questions que je me pose dans un travail en cours. Lecture bénéfique, en l’occurrence. Le livre regroupe deux textes de l'auteur, auparavant publiés dans des ouvrages collectifs.
Le premier, L’œuvre sans chef interroge, à travers le travail de Pascal Convert, la notion de Chef d’œuvre, notion paradoxale puisque l’œuvre ainsi nommée devrait se suffire à elle-même or elle n'existe que par rapport à l'ensemble des réalisations de l'artiste. La question est de savoir si l'artiste, quand il crée une œuvre, cherche à créer un chef d’œuvre, son utopie, ou à poursuivre un œuvre, la création participant ainsi de "l’œuvre à l’œuvre" selon les termes de Heidegger dans De l'origine de l’œuvre d'art : "Ainsi, l’œuvre à l’œuvre est installante. Le produit artistique, quand l’installation d’un monde n’y constitue pas le caractère essentiel, n’est pas une œuvre d’art, tout juste un tour d’adresse qui n’a rien à voir avec ce qui est à l’œuvre, mais tente de faire « impression » en étalant une pure virtuosité bien vaine."
Ce premier texte introduit parfaitement le second, Commémorer sur le fil, où, à travers le travail de Steve McQueen et en particulier Queen and Country, Georges Didi-Huberman s'intéresse à l'artiste lui-même, celui que l'on rêve souverain et dont la soit disant libre création se révèle conditionnée voire contrainte par de nombreux facteurs. Il illustre son propos de nombreux extraits du texte de Jean Genet, Le Funambule.
25/04/2013 : DOCUMENTAIRE/DOCUMENTEUR
Structurer son film à la manière d’une fiction afin d’imprimer une dynamique cinématographique, proche du romanesque, motive souvent la torsion de la réalité opérée par les documentaristes. Manipulation, me direz-vous. Oui, et alors ? Qui ne le fait pas ? Dans la mesure où tout discours est une reconstruction de la réalité et qu’il n’existe pas de point de vue parfaitement fidèle à celle-ci, l’idée est acceptable, tant qu’elle n’est pas malhonnête. Pour reprendre les mots de Martin Page dans son excellent portrait de Nathalie Kosciusko-Morizet (à lire ici) pour le Libé des écrivains paru à l’occasion du dernier Salon du livre de Paris, « l’objectivité étant impossible, tâchons au moins d’être juste. »
Stories we tell, Sarah Polley
Quelle serait la limite alors ? Celle du mensonge ? Pas si sûr. Dans le film Stories we tell, documentaire autobiographique, Sarah Polley nous montre que la sincérité réside parfois dans l’évidence du mensonge. Mélangeant interviews des membres de sa famille, séquences d’époque et scènes reconstituées à la patine 70’s, elle construit une documentaire émouvant, ménageant rebondissements et chutes jusqu’au générique qui révèle les libertés prises par la réalisatrice. Mais déjà, dans les fausses séquences 70’s, l’improbabilité de certaines scènes et parfois le positionnement de la caméra conduisaient au doute quant à leur véracité. Plus qu’un documentaire sur l’histoire de la famille Polley, dont la vérité importe peu au bout du compte, la réalisatrice pose la question des points de vue forcément parcellaires, n’hésite pas à démonter l’image de sa mère dont la part d’ombre se révèle peu à peu, et conduit le spectateur, par l’universalité de son œuvre, à questionner sa propre histoire, ses propres origines. Tout cela, sans mièvrerie.
Sugar Man
Searching for Sugar man, documentaire de Malik Bendjelloul sur le chanteur folk Rodriguez, flirte lui aussi avec le mensonge. Ici, le parti pris, plus discutable à mon sens, est d’occulter tout un pan de l’histoire de Sixto Rodriguez afin de lui conférer une virginité du come back, rendant ce retour magnifiquement touchant. Certes la figure du chanteur injustement oublié s’en trouve renforcée mais elle peint un portrait de l’artiste totalement désintéressé par le succès et la reconnaissance quand celui-ci, à plusieurs reprises, les a cherchés. Le vieil homme marchant seul dans la neige, comme il est montré dans le film, serait sans doute apparu moins romantique si ses différentes tentatives pour renouer avec le public avaient été révélées. Le film fonctionne, mais relève davantage du biopic que du documentaire. L’intention était sans doute de faire découvrir Rodriguez et ses très bonnes compositions qui méritaient d'être plus largement diffusées qu'elles ne l'avaient été jusque là. Certaines chansons sont remarquables : ne boudons pas notre plaisir.

01/03/2013 : SUBMERSION

A l'invitation de Yann Mens, rédacteur en chef d'Alternatives Internationales, je publie dans le numéro de mars 2013 de cette revue trimestrielle un texte sur la montée des eaux. Son titre : Submersion

Lire ce texte   

23/05/2012 : DÉMATÉRIALISATION

Certains ont le goût de la philatélie, du point de croix ou du fist-fucking. Je ne suis pas là pour juger. Tous les goûts sont dans la nature. Chacun prend son plaisir là où il le trouve. Ainsi, j'ai cru comprendre que certains originaux adeptes des pratiques déviantes lisaient les romans sur des petits appareils électroniques appelés "liseuses". Pour ce qui ne connaissent pas encore, cela ressemble à un Télécran. Ce petit appareil rouge de notre enfance permettait, grâce à ses deux boutons, et au bout de trente-cinq minutes laborieuses, d'exhiber avec fierté une pathétique maison, (très schématique) qui remettait en question les règles de l'équilibre, de la symétrie et même la loi de la gravité. J'ai reçu le mien à l'âge de huit ans, et d'un seul coup, grâce à cet appareil, j'avais l'impression d'en avoir trois : de nouveau, je dessinais les fenêtres dans les coins... Rapidement, je me suis désintéressé de cet objet. Faut-il voir là les raisons de ma difficulté (réticence ?) à lire au format électronique ? 

24/01/2012 : LE SINGE

Je me replonge régulièrement dans la lecture d'Un Singe en hiver d'Antoine Blondin. Je descend de ce Singe, comme l'écrivait Christian Authier dans son article "Les Héritiers de Monsieur Antoine" (Le Figaro, 05/05/2011) et remonte volontiers dans son arbre pour y cueillir quelques belle phrases, dont celle-ci : "Sait-on jamais ce que c'est ? Ce va-et-vient aux abîmes est un trajet solitaire. Ceux qui remontent de ces gouffres se sont cherchés sans se rejoindre. Seule, la cruauté du jour rassemble leur troupeau errant. Ils renaissent douloureusement et se retournent : la nuit a effacé la trace de leurs pas. Les ivresses, si contagieuses, sont incommunicables."

24/11/2011 : PAPIER PEINT

Le papier chez mes parents

Au hasard de mes pérégrinations sur la toile, je découvre cette photo de papier peint. Il s'agit de la tapisserie qui habillait les murs du séjour de la maison des mes parents à Eysines et qui, remisée dans un coin de mon cerveau pendant de longues années, a fini par ressurgir et m'inspirer les premières lignes du Front russe. "Enfant, je pouvais passer des heures à regarder le papier peint...

13/09/2011 : EMMANUEL BOVE

Lu Dans Cœurs et visages : "Le commerce, à mon avis, est l'enfant gâté de ce temps.Il suffit d'acheter et ensuite de revendre pour s'enrichir sans mesure. C'est un scandale. J'oserais même avancer que c'est l'avènement d'une ère barbare. Lorsque la matière l'emporte sur l'esprit, le négoce brutal sur les travaux de l'intelligence, il est bien rare que des troubles sociaux ne s'ensuivent pas."
 
C'est écrit en 1928 et cela reste étonnamment d'actualité...


16/06/2011 : PATATES

Coeurs et visages, Emmanuel Bove De toutes les craintes qui lui rendaient la vie impossible, celle de découvrir des pommes de terre germées dans le bac à légumes de son réfrigérateur était sans aucun doute la pire. Outre la frayeur, elle éveillait chez lui, son aversion pour le gaspillage et, au-delà, la peur de manquer. Il traversait alors des nuits blanches au bout desquelles un sommeil embrumé le gagnait, agité, peuplé de cauchemars où de longues lianes se glissaient hors de sa cuisine pour ramper jusqu'à sa chambre et l'emprisonner. Contraint à l’immobilité, il luttait pourtant, âprement, puis s'éveillait soudain, en nage. Cette épreuve l'affaiblissait tant qu'il écartait les pommes de terres de sa liste de courses, leur préférant la purée en flocon, les chips et les préparations surgelées.

04/06/2011 : ARRÊT PIPI

De tous les menus plaisirs qui lui rendaient la vie supportable, il considérait celui de s'arrêter au bord d'une route de campagne déserte pour pisser en admirant le paysage comme le plus grand. 

10/05/2011 :  CLANDESTIN

Ma grand-mère avait l'esprit de contradiction. Pendant la guerre, elle cachait des Allemands dans sa cave.

09/05/2011 : SYMPATHIE POUR LE DIABLE

Il achetait des packages coordonnés chemises et cravates sous plastique qui lui donnaient des airs de chanteur à succès du sud des Landes, dans un périmètre situé entre Saint-Vincent-de-Tyrosse, Mont-de-Marsan et Aire-sur-l'Adour. Il en possédait une rouge à coutures noires qu'il rehaussait d'une cravate à rayures des mêmes couleurs et qui lui conférait cette fois l'image d'un suppôt de Satan, toujours dans le même périmètre. A quoi qu'il fît penser, il semblait définitivement cantonné aux villes accessibles à mobylette depuis Hagetmau où se trouvait l'hypermarché dans lequel ils s'approvisionnait et où il dénichait ses coordonnés bon marché.

06/05/2011 : PRÉNOM

Non ! Que son fils s'appelât Milo n'avait rien à voir avec le sculpteur de la Vénus exposée au musée du Louvre. A de nombreuses reprises, il dut l'expliquer à ses collègues de bureau, ce qui n’altéra en rien la joie qu'il ressentait à l'idée d'être père.

23/03/2011 : ÉLECTROMÉNAGER

Parce qu'il avait peur de la réponse qu'elle pouvait lui faire, il lui disait toujours "je t'aime" quand elle se brossait les dents avec sa brosse électrique, quand elle branchait l'aspirateur ou quand le programme essorage de la machine à laver se déclenchait. Il devait bien se rendre à l'évidence. Sa vie sentimentale ne devait sa stabilité qu'à l'existence des appareils ménagers.

15/03/2011 : ORIENTATION

Comme le lui avait demandé le conseiller d'orientation, elle avait répondu à toutes les questions qui s'affichaient à l'écran de l'ordinateur. Au bout d'une heure, le logiciel avait analysé les informations et rendu son verdict :  
Vous aimez l'aventure et l'administration.
Carrières envisageables : guide de haute-montagne ou contrôleur des impôts.

10/03/2011 : FÉMINITÉ

Il n'aimait pas les femmes dont la pomme d'Adam était trop visible.

31/01/2011 : EMBARRAS

Il avait acheté le roman d'un ami, l'avait lu et n'y avait rien compris. Pourtant les mots utilisés par l'auteur étaient simples, les phrases étaient intelligibles, mais l'ensemble ne prenait pas sens à la lecture. Depuis, quand au hasard de ses balades, il croisait cet ami et que celui-ci lui lançait "comment ça va?", il ne savait pas quoi répondre.

18/01/2011 : INSOMNIE

L'insomnie ne serait pas si terrible si elle ne nous laissait pas seuls face à l'idée de la mort. Il avait lu cela, à quelques mots près, sous la plume de Mauriac. Il ne pouvait que confirmer ce sentiment que la nuit n'était jamais silencieuse, qu'elle révélait ces bruits auxquels il était devenu sourd et qui, il le savait, ne pouvaient venir que de lui. 

06/01/2011 : POMPIERS

Souvent les vacances scolaires étaient source de désœuvrement. Si bien qu'il nous arriva, une fois seulement, pour tromper l'ennui, de mettre le feu au pré au bout de la rue, là où le lotissement n'avait pas encore gagné, pour le plaisir de voir débarquer les pompiers. Deux hectares partirent en fumée. Ce fut une journée mémorable.

04/01/2011 : ZONE PAVILLONNAIRE

Je vivais dans une maison en pierre qui datait du début du 19e siècle. Mes camarades de classes habitaient des pavillons fraîchement livrés, construits à la va-vite grâce aux APL, avec des allées en pierre de Lauze menant à des garages dont les portes coulissantes n'allaient pas tarder à se déglinguer. Pour l'heure tout était neuf quand chez moi tout était vieux - le concept d'ancien m'était encore étranger -, et j'en nourrissais une honte certaine. 


06/12/2010 : TEMPS INCERTAINS

Au salon du livre du 16e arrondissement à Paris, je siège entre Henri Tisot et Yves Copens, passe des années de Gaulle à la préhistoire, du temps des copains au temps de Copens. Et j'éprouve dans l'attente d'un lecteur égaré, entre ces deux dinosaures qui signent à tour de bras, le lent passage du temps.

19/11/2010 : ARCHE DE NOE

Militants communistes dans leur jeunesse, mes parents nourrissaient une certaine méfiance pour tout ce qui avait un rapport avec la religion. Le curé n'était pas le bienvenu chez nous. Je ne fus ni baptisé, et bien entendu, jamais l'on ne m'envoya au catéchisme. Dommage. Une question à laquelle aurait pu répondre cet enseignement me tarauda durant une partie de mon enfance, et reste encore à ce jour sans réponse : y avait-il des poissons sur l'Arche de Noé ?   

11/11/2010 : BIOGRAPHIE

Je mène une existence plutôt tranquille. Ma vie n'est pas riche en rebondissements. Et j'en souris, rien qu'à l'idée qu'un biographe puisse un jour se pencher là-dessus  et s'en arracher les cheveux...  

01/09/2010 : RENTRÉE DES CLASSES

Déjà, prendre la pose dans un photomaton n'est pas sans me perturber. Quelle chemise dois-je porter ? Dois-je sourire ? Avec ou sans mes lunettes ? Il est d'autant plus difficile de répondre à ces questions que les gérants des ces appareils, sans doute par souci de rentabilité, ont décidé de ne nous permettre qu'une seule prise de vue quand, dans le temps, il était possible d'en faire quatre. Je sais bien qu'il est possible de faire des essais et que les quatre photos d'identité qui sortent à la fin sont, si tout se passe bien, satisfaisantes. Oui, mais voilà, moi, ce qui me plaisait justement, c'était la dernière photo sur laquelle on se lâchait, bouleversant la mèche sagement coiffée sur le côté en une frange rebelle, grimaçant, coiffant un chapeau colonial pour faire rire les copains du lycée. Aujourd'hui, rien de tout ça, plus de gaspillage, finis les photomatons rigolos que l'on gardait dans un tiroir et sur lequel on tombait par hasard des années plus tard. Mais je m'égare, car si je vous parle de photo ici, c'est parce que j'ai participé en début de semaine, avec d'autres auteurs primo-romanciers de cette rentrée littéraire, à une séance durant laquelle Jean-Christophe Marmara, photographe au Figaro, a figé notre portrait. Avant cela, nous avions posé pour une photo de groupe (nous étions dix auteurs de premiers romans sélectionnés par la rédaction du supplément littéraire du journal). Tout cela avait des airs de rentrée des classes. Les photos sont visibles ICI.

12/08/2010 : VIP

Le club Mickey était à la plage ce que le carré V.I.P. est aujourd'hui à la boîte de nuit.

30/06/2010 : ÉCRIRE

A l'aube, ou tout comme, de voir paraître Le Front russe, et tandis que depuis des semaines je peine, sans beaucoup progresser, sur l'écriture d'un autre roman, je lis dans Enigma, roman de Antoni Casas Ros, cette phrase qui révèle d'un coup la source des difficultés que je rencontre dans ce travail : "Écrire, c'est nager très longtemps, nager page après page, sans jamais regarder le rivage de l'impossibilité." Se détacher du rivage... Bien sûr. Cela vient illustrer ce qu'écrivait Frantz Bartelt dans Pleut-il ? : "Il faut lire des romans. Pour toutes sortes de raisons, des bonnes et des mauvaises. Mais surtout parce que c'est la façon la plus féconde d'entendre parler de soi." (voir le 17/10/2007)



10/06/2010 : MUSIQUE

Mes références en musique classique (à ce sujet, j'ai lu il y a peu que seuls ceux qui ne s'y connaissaient pas qualifiaient la musique de "classique". Les autres, ceux qui s'y connaissent, parlent simplement de musique ou à la rigueur de grande musique) se sont constituées grâce aux publicités télévisées, pour l'essentiel, et, pour le reste, grâce aux efforts méritoires des mes instituteurs successifs - qu'ils en soient remerciés ici. Ainsi, j'associe, le plus souvent sans m'en rendre compte, ce que je qualifierai de standards de la grande musique avec tel modèle de monospace ou telle variété de café, plus rarement, je dois le dire, avec le nom d'un de mes maitres d'école.
A la lecture du programme du concert qui se donnait au musée d'Orsay ce jour, aucune marque ne me vint à l'esprit mais mon oeil fut accroché par la présence inattendue - pour moi en tout cas -, aux côté de Brahms, Schumann et Saint-Saëns, de Cole Porter dont le célébrissime Miss Otis Regrets figurent au top 50 des titres que je peux écouter en boucle sans jamais éprouver la moindre lassitude. Mon désir d'assister à ce concert était donc d'avantage motivé par la curiosité d'entendre du Cole Porter chanté par une cantatrice soprano que par le nom de celle-ci. Sachant que ma femme nourrit quelque appétence pour la musique classique (elle a d'ailleurs amélioré grandement mon éducation en matière musicale), je lui proposai de m'accompagner.
- Qui chante ?
- Dame Felicity Lott.
- Dame Felicity Lott ! Bien sûr ! Ça fait des années que je rêve de l'entendre ! 
- Hé bien, c'est l'occasion.
Après quoi, je m'empressai de regarder sur internet qui était cette Dame Felicity Lott qui suscitait chez ma femme autant d'enthousiasme.
 
Comme je vous le disais Cole Porter n'était pas le seul compositeur au programme. Schumann, Brahms, Poulenc et d'autres encore y étaient inscrits. Mon goût pour le jazz m'avait poussé ici, mais je ne devais pas être déçu par les autres morceaux choisis. Bien sûr, Love for sale, Two little babes in the woods et le merveilleux Miss Otis regrets  emportèrent mon adhésion immédiate. Mais au-delà, je fus conquis par les deux chanteuses (Dame Felicity Lott et Ann Murray) qui, accompagnées par un excellent Graham Johnson, se relayaient au pupitre. Ces deux dames anglaises, respectables, s'amusaient sur scène, dans ce récital hétéroclite qui avait pour fil conducteur le crime, telles deux lycéennes potaches dans une pantomime de fin d'année. C'était d'ailleurs le concert qui clôturait le cycle "Crime et châtiment" en lien avec l'exposition éponyme. Comme l'annonçait le titre du concert, Crimes et ... chatouillements !, l'on pouvait s'attendre à quelques facéties de la parts des interprètes qui, plus d'une fois, firent sourire et même rire l'audience, notamment lors de l'interprétation du dernier morceau que Dame Felicity Lott introduisit en expliquant, non sans malice, qu'il s'agissait de l'histoire de deux jeunes filles détournées du droit chemin par des hommes, bien sûr (sic). Le Naughty girls se termina en un clin d’œil au duo des fleurs du Lakmé de Léo Delibes, c'est tout du moins ce que me souffla ma femme. Dès que nous fumes arrivés à la maison, elle me fit écouter le célèbre duo, lequel me revint immédiatement en mémoire : la pub British Airways, 1989, bien sûr...

18/12/2009 : MARABOUT, BOUT DE FICELLE...

Au sortir de la bouche du métro, le kiosque à journaux couvert de neige, seuls dépassent encore les petits drapeaux jaunes, un peu fanés, du Herald Tribune bientôt enfouis eux aussi. Jaune était donc le tee-shirt de Jean Seberg sur les Champs-Elysées, Belmondo à ces côtés, à bout de souffle. Romain Gary penché sur sa table de travail, écrivant ces mots : "On a marché sur la lune. Il n'y a plus de lune." 


14/12/2009 : MANDARINE


L'odeur de la mandarine que l'on décortique, douce et acidulée, vous surprend dans les lieux les plus inattendus, révélant quelque souvenir d'enfance oublié (pour ma part le goûter organisé par l'école, juste avant les vacances de Noël) : dans le train, le métro, au bureau et jusque dans les poubelles sorties sur les trottoirs au soir, dans lesquelles la macération des écorces se mêle à l'odeur douceâtre des détritus habituels qui déjà ont entamé leur lente putréfaction.


26/11/2009 : INSOMNIE

La nuit n'est jamais vraiment silencieuse. Elle révèle ces bruits auxquels nous sommes devenus sourds et qui, le plus souvent, ne viennent que de nous.

09/11/2009 : CUISINE EN KIT

Si un jour, j'écris mes mémoires, il faudra que je réserve une partie à l'installation dans mon nouvel appartement. Je l'intitulerai :  "Comment je suis devenu fou en achetant une cuisine Ikéa".

15/10/2009 : ENVOL

Être dans les nuages, la tête dans les étoiles, ne plus toucher terre, on ne pense qu'à ça. Et pourtant quand le moment de prendre son envol approche, on est saisi par la peur du vide. 

06/10/2009 : HÔTEL

Dans cette chambre d'hôtel au papier peint jauni, j'écoute le bruit régulier du robinet qui fuit dans la salle d'eau. Le voisin regarde, à la télévision, un film de gangsters avec des coups de feu et des sentences définitives. A mes côtés, tu dors. Insomniaque, j'admire, dans la pénombre, l'ovale de ton visage apaisé.

30/09/2009 : A VRAI DIRE

Écrire cette vérité qu'il me semble connaître et que je ne parviens pas à fixer.

24/09/2009 : TOUT COULE


Spectateur admiratif de la beauté de la perdition, j'assiste au naufrage, impuissant, oubliant qu'il ne suffit, parfois, que d'un pas de côté pour regagner la terre ferme.

23/09/2009 : HERCULE AUX TUILERIES

La statue d'Hercule du jardin des Tuileries est incomplètes. Lors de quelle révolution, quelle émeute, quelle facétie estudiantine les attributs d'Hercule ont-ils été dérobés ? A moins que ce ne soit le résultat d'un geste artistique revendicatif, d'une épreuve rituelle initiatique. Ont-ils été utilisés comme projectiles, tels des pavés ? Trônent-ils aujourd'hui tel un trophée de chasse sur le manteau d'une cheminée ? Servent-ils de serre-livres dans une bibliothèque ? 

01/12/2008 : POÉSIE

Dimanche après-midi froid et pluvieux. Un dimanche de novembre ordinaire dont on sait qu'il ne sortira pas grand chose. Tout au plus peut-on se réjouir de la tasse de thé que l'on s'accordera au milieu de l'après-midi, avec - allez soyons fous, après tout c'est dimanche - une tranche de cake aux fruits. C'est un point de mire comme un autre.
Mais hier, je n'ai pas pu m'abandonner à la chaleur douillette de mon canapé, tasse fumante dans la main, en me disant "je suis bien mieux ici". Je n'y peux rien, je suis casanier et un peu fénéant. Mais non, hier, j'étais au Salon des éditeurs indépendants, à la mairie du VIe arrondissement à Paris. Je n'y ai pas vu grand monde. Les visiteurs potentiels avaient sans doute préféré rester chez eux, dans leur canapé, à déguster du thé aux épices (hé oui, Noel approche). Mais je serais de mauvaise foi (ce qui franchement ne me ressemble pas, en tout cas pas depuis un moment, ou seulement par nécessité), si je disais qu'il n'était rien sorti de ce dimanche. Coincé à ma table, entre une revue de poésie et un éditeur de théâtre contemporain d'Europe de l'est, j'ai ouvert mes oreilles et j'ai attendu que tombe la perle. Dans ce genre de manifestation, il y en a toujours. Une phrase à laquelle vous décerneriez volontiers l'oscar de la meilleure phrase de l'après-midi, mais vous risqueriez de froisser le lauréat. Voici donc la perle :



- Il y aura de la musique de mon copain, je lirai des textes par dessus, ce sera un moment très fort"

L'interlocuteur s'est contenté d'acquiéser d'un "ha, oui ?" interrogateur. Et l'autre de reprendre :

- oui, c'est pour ça, je voudrais qu'il n'y ait que des gens bien."



C'est sans doute pour ça qu'il n'y aura pas grand monde à cette soirée de lecture musicale. Car il faut le dire, les gens bien ne sont pas légions. Combien sommes-nous ? Une poignée tout plus...

20/10/2008 : ROMAN

Lire des romans, "pour entendre parler de soi" comme l'écrivait Frantz Bartelt dans Pleut-il ? Dans Cul-de-sac, le polar de Douglas Kennedy, j'ai relevé cette phrase : ... je me suis aperçu dans la glace de la salle de bains. Mon reflet m'a atterré. Trente-huit balais, et déjà tous les signes extérieurs du quinquagénaire qui se néglige : le bide flasque et avachi, une boule de graisse en formation entre menton et pomme d'Adam, des cheveux châtain clair qui grisonnent, des valises sous les yeux et un réseau de rides au coin des paupières, pire qu'une gare de triage... 

13/10/2008 : 24H DE ROME

Arrivée à l'aéroport de Fiumicino à 12h. Départ prévu le lendemain à la même heure.

Après avoir attendu mes valises pendant une heure et quart, je saute dans un taxi. Surtout ne plus perdre de temps. Boire des yeux chacune des images que me donne la ville, m'imprimer la rétine de cet orgie d'architecture, de vestiges antiques, d'églises, de cette lumière si particulière. De l'ocre plein la tête.
Après un rapide passage à l'hôtel, je file vers mon lieu de rendez-vous : villa Médicis. Dès l'entrée, Louis XIV accueille. Ici on est plus soi, on est un peu de la culture française. On redresse alors les épaules et on tient son rôle du mieux qu'on peut.
Les jardins de la villa sont fabuleux. Les pins parasols à eux seuls sont un gage de dépaysement, mais il y a bien sûr tout le reste.

Le soir nous dînons dans un grand salon dont les fenêtres donnent sur Rome. L'Ambassadeur est là. Frédéric Mitterrand avait mieux à faire. L'organisation quasi militaire des serveurs est fascinante. Tout est organisé de main de maître, d'hôtel bien sûr.
Quand la soirée se termine, je ne me résigne pas à rentrer à l'hôtel et je marche dans les rues de Rome longuement pour finir sur la Piazza Navona. Il est presque deux heures du matin. Un taxi me ramène vers le corso Trieste où se trouve mon hôtel. Demain dès 7h, je filerai vers l'aéroport, destination Milan.
 



08/09/2008 : LIÈGE ET BRUXELLES

J’ai débuté l’été par un séjour en Belgique, à Liège. J’étais assez enthousiaste à l’idée de passer quelques jours dans la ville de Georges Simenon, d’autant plus que je venais d’entreprendre la rédaction d’un nouveau roman policier. Ecrire quelques lignes de celui-ci là même où Simenon a débuté avait quelque chose d’excitant.

J’ai pris un train Thalys jusqu’à Bruxelles où j’ai changé pour un train régional, plus lent. Bien sûr, il existe un train direct de Paris à Liège mais cette correspondance ajoutait un peu de dépaysement au voyage.

La pluie m’a accueilli à la descente du train. J’ai sauté dans un taxi à la sortie de la gare, un immense enchevêtrement de métal, œuvre encore inachevée de l’architecte Calatrava. Après un bref passage à l’hôtel, j’ai décidé d’aller faire un tour à pied le long de la Meuse. La pluie me laissait un peu de répit.
 
Liège a des allures de station balnéaire hors saison, ou même désaffectée. Le front de Meuse alterne les immeubles des années d’après guerre et les petits hôtels particuliers élégants du XIXe siècle, signe d’une prospérité disparue. Le ciel est bas. Quelques péniches filent sur le fleuve. Un sentiment d’abandon règne dans l’air. Comment Simenon aurait-il pu écrire autre chose que des histoires de meurtre ? Je me suis enfoncé dans une petite rue, j’y ai découvert le long d’un canal des alignements de petites maisons de briques aux façades si étriquées et si mal entretenues qu’elles m’ont fait penser à des culs de vieilles filles.
 
Je suis retourné vers la Meuse, je l’ai longée, suis tombé sur le palais des congrès et son bunker hôtel Holiday Inn. J’ai eu l’impression d’être arrivée au bout du monde, à la fin des terres, au dernier hôtel avant le vide mais qu’il était déjà trop tard.

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Je suis retourné à mon hôtel, juste avant que la pluie ne reprenne, plus forte encore qu’à mon arrivée.
*****

Cinéma Nova, Bruxelles (photo Jean-Claude Lalumière)Après Liège, Bruxelles en amoureux. Je n'en dirai donc rien. Voici tout de même la photo de l'enseigne du cinéma Nova situé non loin de la célèbre Grand-Place. Un petit bijou qui mériterait d'être exposé au Musée International d'Art Modeste. Ça a tout de même une autre gueule que les grands complexes péri-urbains.

19/06/2008 : TOKYO

1er jour
J'atterris à Tokyo, enfin, à la mi-journée, après douze heures de vol plié en deux, somnolant entre deux séries-b américaines. J'ai la tête d'un fêtard après une nuit blanche passée à écumer les bars. La gueule de bois en moins.
A la sortie de l'aéroport, je prends un Limousine bus en direction de Tokyo. Je m'endors très vite, vaincu par la fatigue. Je sais que je dors la bouche ouverte, comme si je manquais d'air. L'air climatisé de l'avion a eu raison de mes sinus. Je m'en moque. Il n'y a personne dans le bus. Et je veux dormir.
Il faut 1h30 pour rejoindre le centre de Tokyo depuis l'aéroport de Narita. Je me réveille alors que le bus emprunte le Rainbow bridge, immense, qui traverse le port. Une brume de chaleur recouvre la ville, dissimule les buildings sous un voile vaporeux.

Après une douche pour chasser la fatigue, je sors de l'hotel pour boire un thé glacé, manger un peu. Je suis affamé. Le ciel est bleu, limpide, un vent frais souffle dans les rues. Sur les trottoirs défilent en continu les piétons disciplinés, l'un derrière l'autre : des salary-men, des écolières en jupes plissées, des bimbos exentriques perchées sur des talons aiguilles. Je suis arrivé à Tokyo.



2e jour : une journée de travail ordinaire
Je me lève très tôt et sors pour prendre un petit déjeuner sur  ce qui ressemble à une terrasse de café. Il est minuit à Paris et j'ai les yeux gonflés du sommeil qu'ils n'ont pas eu. Je suis encore dans le premier stade du décalage horaire. Je sais que bientôt mon corps entrera en résistance et que je tiendrai malgré le manque de repos, sur les nerfs et les litres de café. Jusqu'à mon retour en France où il me faudra plusieurs jours pour reprendre un rythme de vie normal.
Le ciel de Tokyo est blanc, uniforme, brumeux. Je vais passer la journée au quarantième étage d'une tour dans laquelle je  vais  enchainer les rendez-vous, une trentaine en tout, de 8h30 à 18h30. Je ferai de mon mieux pour cacher mes coups de pompes.


3e jour : Tokyo sous la pluie
Tokyo est sous la pluie. C'est la saison. Je me suis levé tard, j'ai eu du mal à trouvé le sommeil.
Je prends la JR line en direction du parc de Ueno dans lequel se trouvent beaucoup de musées.
Je traverse le parc sous une pluie incessante. Je suis trempé. Je songe à m'acheter un petit parapluie transparent. Tout le monde en a autour de moi.
J'arrive devant le musée d'art occidental. La collection est belle mais malheureusement pas entièrement montrée. Une histoire de travaux ou je ne sais quoi. Le christ de Le Greco manque à l'appel. Je suis un peu déçu et quitte rapidement le musée. Dehors, la pluie est toujours là. Je me réfugie dans un café. L'heure tourne. Un rendez-vous professionnel m'attend.
Le soir, après les obligations professionnelles, je sors avec quelques membres de la délégation sur Roppongi, le quartier cosmopolite de Tokyo. Nous nous retrouvons dans un restaurant parmi des japonais. Aucun occidental ici. Nous passons la soirée avec un japonais passablement éméché, partageons quelques bières avec lui, discutons avec l'une de ses collègues moins ivres. Ils font tous partie de la même firme ; c'est une sortie entre membre du bureau. Certains semblent avoir décidé d'aller jusqu'au bout de leur résistance à l'alcool. La limite n'est plus loin avant le coma  éthylique.
Je rentre à l'hôtel en taxi. Avec leurs sièges recouverts de dentelle, les taxi japonais me font toujours penser à des intérieurs de vieilles filles.
4e jour : tokyo sous le soleil
Je flâne dans le quartier de Shinjuku. Le soleil brille, plombe même l'atmosphère d'une humidité qui monte du sol dont le ciment, le bitume transpirent encore des pluies incessantes de la veille. La lumière est aveuglante( Il faut absolument que je m'achète des lunettes de soleil). Le bruit est assourdissant. Le bruit ne s'arrête jamais ici semble-t-il : slot machines, pachinko, speakers des boutiques qui interpellent les passants de leur porte-voix, écrans géants qui diffusent des clips musicaux de groupes de rock japonais entrecoupés de publicités, klaxons, scooters qui filent entre les voitures, bruit de train de la JR line qui traverse le quartier...
 
Pachinko, Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
Pachinko, Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
Je marche durant des heures captivé par l'activité, les bruits, les odeurs. Je m'arrête face à un attroupement devant une salle de spectacle un peu miteuse. Des dizaines de personnes âgées s'apprêtent à assister à un concert donné par un couple de Peter et Sloane japonais. Il n'est pourtant que onze heures du matin. Plus loin, j'observe un groupe d'adolescentes, en short et bas résille, accroupies au milieu de la rue. Elles sont jolies comme beaucoup de jeunes tokyoïtes. Je ne comprends pas ce qu'elles font à discuter au milieu du carrefour, assises en cercle. Il ne se passe pas deux minutes avant que trois policiers en civil ne viennent contrôler leurs papiers et leur demander de déguerpir.


Smoking area, Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
Smoking area, Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
A quelques mètres de là, entre deux bâtiments, dans une venelle étroite et crasseuse, quelqu'un travaille, racle, récure je ne sais quoi. Je me distrais aux détails insignifiants de la ville, à tout ce qui la compose et que les touristes ne voient pas. Il n'y en a pas dans ce quartier, du moins pas dans le dédale où je me suis engagé. Ils sont plus loin, sur les grandes artères, où se trouvent les grandes enseignes occidentales, les grands magasins qui ouvrent leurs portes dans des alignements d'employés qui saluent avec déférence les clients à leur arrivée.

En rentrant à l'hôtel, je passe devant une "smoking area". Ce spectacle m'attriste à chaque fois; Je ne peux m'empêcher de penser que bientôt, certains voudront imposer ça chez nous.
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5e jour : derniers instant à Tokyo
Embarquement prévu à 10h40, porte 83. Je me promène dans la vaste zone duty free de l'aéroport de Narita. Je suis un peu fatigué. J'ai dormi en moyenne quatre heures par nuit depuis le début de la semaine, un manque de sommeil que j'ai compensé par des collations régulières, apports d'énergie nécessaires pour tenir. Du coup, j'ai pris du poids au Japon alors que la nourriture japonaise est l'une des plus équilibrées.

Cette dernière nuit a été plus courte encore que les précédentes. D'une part, parce que j'ai trainé le soir dans le quartier de Shibuya, prolongeant au plus tard de la nuit mes derniers moments à Tokyo. D'autre part, parce que je me suis réveillé de mon demi sommeil à quatre heures du matin pour voir le match de l'équipe de France à l'Euro, ce dont j'aurais dû m'abstenir au regard de la piètre prestation des bleus et sur laquelle je ne m'étendrai pas.

Je croise dans l'aéroport M. Motomura, président de Big Apple Corporation. Je trouve étrange de rencontrer ici quelqu'un que je connais, que j'ai rencontré plusieurs fois, à Tokyo et en France. Nous nous sommes vu deux jours plus tôt. Je lui demande s'il part à Paris par le même avion que moi, mais non, il s'apprête à s'envoler pour la Chine. Curieuse rencontre.

Dans une Boutique de la compagnie aérienne Ana, je trouve une paire de lunette de soleil. La vendeuse est en train d'emballer mon achat quand je sens mes jambes se dérober. J'ai comme un vertige. Sans doute la fatigue, me dis-je. Mais je lève la tête et j'aperçois les enseignes publicitaire suspendues au plafond de la boutique qui se balancent en rythme. Quelques touristes américains se regardent en lâchant des "Ho my god!" peu rassurés.
Je questionne la vendeuse :
"Earthquake ?"
"Yes, earthquake." me répond-elle, tout en continuant d'emballer tranquillement mes lunettes. Son calme prévient toute panique autour d'elle.

Ce n'est qu'en arrivant à Paris que j'apprends, par ma mère qui m'a téléphoné dès qu'elle a entendu la nouvelle au journal télévisé du soir, que le tremblement de terre, dont l'épicentre de trouvait à trois cents kilomètres au nord de Tokyo, était d'un magnitude de 7,2 sur l'échelle de Richter, l'un des plus violents au Japon ces dernières années.
 

09/06/2008 : TOKYO HOTEL
Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
Tokyo, (photo Jean-Claude Lalumière)
Osaka, 2004 © Jean-Claude Lalumière

Je m'envole ce soir pour Tokyo. Je serai de retour le week-end prochain. Comme à chaque départ motivé par mon activité professionnelle, je nourris avant même de revenir le regret de ne pas pouvoir profiter pleinement du séjour et de ne ramener en guise de souvenirs que des impressions fugaces et des articles achetés en duty free.

Il y a dix jours, j'étais à Prague. Arrivé, à 12h, je devais décoller dès le lendemain à 13h. Entre temps, des rendez-vous de travail, une rapide sortie le soir, seul, dans le centre de Prague, un café face au Danube au matin avant de filer vers l'aéroport. Je n'ai ramené de Prague qu'un plan de métro, quelques pièces de monnaie que je n'ai pas pu dépenser avant de partir, une facture d’hôtel et quelques images qui s'évaporeront très vite ou bien qui resteront mais qui à long terme finiront par se mélanger aux autres images ramenées d'autres voyages, d'autres villes. Des images qui pourraient être de n'importe quelle ville.
  
25/05/2008 : TELERAMEUR





Lus dans Télérama, ces mots d'Aurélien Ferenczi, chroniqueur cinéma aux propos parfois hermétiques au piètre cinéphile que je suis, au sujet de la sortie en DVD de Stranger than paradise de Jim Jarmush. "Du coup, Stranger than paradise, avec ses cadres léchés et ses saynètes pince-sans-rire, s'apparente moins à un undergound pré-Sundance qu'à une certaine esthétique "mittel-Europa" entre Kaurismäki et la nouvelle vague tchèque" J'étais assez rassuré dans la première partie de la phrase, mais, à partir d'underground, je me suis senti largué, exclu du cercle restreint des happy few abonnés de la Cinémathèque française pour lesquels Aurélien Ferenczi écrit sans doute.
  
21/05/2008 : GARCIA-LORCA
J'assistais hier soir, au Théâtre du Vieux-Colombier, à la générale de Yerma, drame de Federico Garcia-Lorca.
Yerma est une jeune femme mariée depuis deux ans et qui ne parvient pas à donner d'enfant à son mari, un homme de la terre, dur au labeur. Yerma se désespère de ce ventre sec, de ce corps stérile.
Garcia-Lorca donne une image de la condition féminine dans cette Espagne rurale des années 30, fermée, ancrée dans un mode de fonctionnement séculaire, "se lever, manger son pain, travailler et mourir", aveuglée par l'obscurantisme des croyances païennes et la contrainte de la foi. Mais le texte de Garcia-Lorca est universel, car c'est la nécessité d'enfanter, la pression sociale, la difficulté d'aimer qui sont les thèmes de cette de cette pièce. Au-delà de la péninsule ibérique. Et la mise en scène de Vicente Pradal le souligne en mélangeant la musique, la danse, le chant et le jeu. Sévillane, Flamenco viennent rythmer le spectacle, apporter des respirations dans un texte à la tension certaine mais dont le sujet grave ne pèse pas cependant sur le public. Saluons le savoir faire de Garcia-Lorca en la matière qui sait glisser de l'humour dans son texte quand il le faut, et la mise en scène de Pradal, aussi, qui a su souligner l'universalité du texte en remplaçant l'accompagnement attendu de la guitare flamenca par celui du piano et ne pas tomber ainsi dans l'espagnolade.

  
14/03/2008 : SALON DU LIVRE
Le salon du livre s'est ouvert hier soir avec des airs de premiers jours des soldes ou d'une vente privée réservée à quelques happy few. Il y a cependant proportionnellement plus de visiteurs à l'inauguration que les autres jours, ce qui en fait le pire moment pour découvrir les livres. Mais là n'est pas le but.
Les invités de cette inauguration, carton d'invitation dans une main, parapluie dans l'autre, se sont retrouvés amassés devant des portes qui tardaient à s'ouvrir et qui une fois ouvertes, laissaient passer au compte-goutte, les visiteurs, pour raison de sécurité. Une fois à l'intérieur, soulagés, les visiteurs pouvaient cependant se poser la question de savoir si cette invitation n'était pas davantage un cadeau empoisonné qu'un privilège. Mais, malgré le bruit, la foule, les bousculades, les éclairages qui font mal aux yeux, les gens avaient l'air heureux d'être là : il y avait du champagne tiède et des pains "surprise" (qui en réservent rarement) pour tout le monde. 
 
21/12/2007 :  CHRISTIAN BOURGOIS

Christian Bourgois est mort hier, jeudi 20 décembre. Comme pour beaucoup, ma formation de lecteur doit beaucoup au catalogue extraordinaire que cet éditeur a élaboré tout au long de sa carrière. Il affirmait la nécessité pour un éditeur de résister à la facilité, aux études de marchés, au goût du jour.
Il y a quelques années quand j'ai commencé à écrire, j'ai envoyé mon premier manuscrit à Christian Bourgois. Quelques semaines plus tard, j'ai reçu un courrier dans lequel il me disait que mon texte lui avait paru suffisamment  original pour le confier à l'un de ses lecteurs. Il me donnait ensuite quelques recommandations, orientations, m'encourageait à poursuivre. Cette lettre, reçue parmi une quantité de lettres types d'éditeurs qui refusaient mon texte sans explication, m'accompagne depuis. Même si le texte en question n'a pas été retenu par Christian Bourgois, ses mots, chaque fois que je me suis senti sur le point de tout envoyer valdinguer, m'ont aidé à poursuivre.
Christian Bourgois est mort hier, juste avant l'hiver, qui sera froid a n'en pas douter. 


23/11/2007 : SHORT SATORI

Isabelle Roche, rédactrice en chef du littéraire, signe un très bon article sur Short Satori, recueil de nouvelles paru aux éditions Antidata en mars 2007 et dans lequel se trouve une nouvelle que j'ai écrite : La ligne du menton
"La Ligne du menton, sublime pause douce-amère d'un quadra brusquement conscient du cumul des années et des occasions ratées, spasme d'éveil transcrit sans pathos, dans l'évidence d'un reflet renvoyé par le miroir... "


22/11/2007 GREGOIRE POLET, LE RETOUR

Dans ce roman (Madrid ne dort pas, Grégoire Polet, Gallimard)Vous croiserez dans ce roman des écrivains confirmés, en devenir ou en perdition, des éditeurs, des terroristes, un mannequin, un employé des télécommunications, une SDF, une aveugle, un commissaire de police et bien d'autres encore. Mais qui est le personnage principal alors?, demanderez-vous. Madrid tout simplement et sa vie nocturne. Le roman commence à 17h15 et se termine au petit matin. Une nuit durant laquelle on suit tour à tour chacun des personnages. On les rencontre, on les quitte, on a hâte de les retrouver de découvrir ce qu'ils sont devenus durant les instants où ils nous ont échappé. Habile construction qui nous fait veiller avec eux jusqu'au petit matin.

21/11/2007 : GRÉGOIRE POLET

En complément de ce que j'écrivais hier sur Leurs vies éclatantes, le dernier roman de Grégoire Polet, voici l'article que j'avais écrit lors de la sortie de Madrid ne dort pas pour le webzine A la petite semaine.
 
Grégoire Polet a 28 ans. Il vient de publier son troisième roman chez Gallimard. Troisième roman en trois ans. On souffle d'admiration devant la performance, devant cette boulimie d'écriture, et encore plus à la lecture de ce dernier opus, Leurs vies éclatantes, tant on a conscience d'être en train de parcourir un travail parfaitement abouti. Reprenant, le principe qu'il avait utilisé pour son premier roman, Madrid ne dort pas, (lui aussi remarquable), Grégoire Polet nous entraîne dans un récit choral dont les interconnexions font de ce livre l'histoire, sinon de l'humanité toute entière, d'un échantillon de celle-ci, replaçant l'homme avec les hommes et non pas au milieu des hommes, comme centre insignifiant de tout et de rien.
Leurs vie éclatantes vient s'inscrire dans la continuité de son premier roman (je n'ai malheureusement pas lu le second, Excusez les fautes du copiste, ce que je vais m'empresser de faire), et l'on devine l’œuvre qui déjà ce profile. Sans gesticulation médiatique, tout en retenue, loin des cafés du 6e arrondissement parisien, Grégoire Polet, belge originaire de Bruxelle, prend sa place doucement dans le paysage littéraire francophone. Et je fais le pari qu'il fera longue et bonne route.


16/11/2007 : JOUR DE GREVE

Après trois jours de marche active dans les rues de la capitale, de métros bondés jusqu'à la Défense (je ne suis jamais ravi de devoir me rendre là-bas, mais hier, cela relevait de l'exploit collectif : en descendant de la rame, les voyageurs se tapaient dans les mains, se prenaient dans les bras en criant "We did it", certains chantaient même la Marseillaise en pleurant, c'était beau et ça ressemblait à la fin d'un film hollywodien) suivi à nouveau de marche active à travers des chantiers, sur des passerelles en cul-de-sac m'obligeant à faire demi-tour, des rues sans noms, demandant mon chemin à des passants tout aussi perdus que moi, jusqu'à Nanterre, après tout cela donc, je jette l'éponge. Demain, je resterai au lit, je ne me lèverai pas aux aurores blêmes pour me rendre dans une gare RER de la ligne E pour y attendre une heure durant la venue d'un train qui ne partira jamais de sa zone de garage, chose qui me sera d’ailleurs confirmée par un agent de la Sncf ou de la Ratp au bout d'une heure : "Mesdames, Messieurs, en raison d'un mouvement social, aucun train ne circule sur la ligne E du RER". Dommage, c'est celle qui devait me conduire à Ozoir-la-Ferrière pour participer au salon du livre de cette même ville.
Mais soyons positifs, grâce à cette grève, j'ai rencontré un jeune homme qui préparait le diplome ERP1 (ce qui veux dire établissement recevant du public - niveau 1) avec lequel j'ai discuté en attendant un RER qui n'est jamais venu, une jeune femme docteur en droit qui devait absolument se rendre Place de l’Étoile et qui ne savait pas comment faire sans RER (je lui ai appris qu'il était possible de marcher jusque là puisque nous étions à Chatelet : son visage s'est illuminé, elle a souri, "merci, monsieur, merci". La grève a ce mérite de nous ramener vers des pratiques ancestrales que nous avions oubliés.), j'ai fait de la moto (en tant que passager et je remercie au passage celui que je nommerai simplement, afin de préserver son anonymat, Le Commandant) dans les embouteillages (il fallait bien rentrer de Nanterre), Place de l’Étoile même où j'ai cherché vainement une jeune femme docteur en droit pour lui dire qu'il était possible de faire le chemin inverse à pieds aussi, et enfin je suis tombé en panne, toujours avec la moto du Commandant qui j'espère a résolu son problème d'allumage ou de batterie (nous en avons discuté un moment mais malgré tous les mots techniques que nous employions, nous devions nous rendre à l'évidence, nous n'y connaissions rien ; nous étions incapables de faire la différence entre un piston, un presse purée et une grenade allemande).


10/11/2007 : MILLER VS GARCIA


Mort d'un commis voyageurJ'ai sans doute été un peu dur avec Garcia. Eléonore T. m'en a fait la remarque. Je trouvais certaines scènes trop proches des happening seventies d'un théâtre d'avant-garde qui n'a plus de sens aujourd'hui, lui ai-je dit. Elle n'était pas d'accord. 
Puisque nous étions au théâtre, restons-y, avec la pièce d'Arthur Miller, Mort d'un commis voyageur, dans laquelle l'auteur condamne le rêve américain (nous ne sommes pas loin de la pièce de Garcia donc).
Loman (Low man...) est esclave des exigences de la société de consommation à laquelle il s'est soumis en se trompant de rêve. N'ayant plus l'efficacité et l'endurance nécessaire à son travail, il finit par être licencié. Accablé par les crédits, il se dit, qu'après tout le chemin parcouru, un homme vaut davantage mort que vivant. Terrible, sobre, efficace, la pièce d'Arthur Miller, sans artifice racoleur et de façon intemporelle (la pièce date pourtant de 1949 et le texte est toujours d'actualité) touche au but et marque le spectateur.
A défaut de représentation théâtrale, vous pouvez vous rabattre sur l'adaptation cinématographique qu'en a fait Volker Schlondorff en 1985, avec Dustin Hoffman et John Malkovitch, entres autres. Le texte y est plutôt bien servi.



08/11/2007 : ET BALANCEZ MES CENDRES SUR MICKEY

La pièce débute par un long monologue (les trois comédiens se relaient dans le discours mais les voix sont déformées et au final indifférenciées) sur l'uniformisation de la société de consommation qui conduit à la perte des repères. Les comédiens sont attachés à des cordes sur lesquelles avancent des flammes, qui s'approchent, les menacent. Vient ensuite une scène où un comédien nu se tartine de miel et s'adonne à des gesticulations équilibristes. Puis une comédienne lui emboite le pas. Un discours sur notre penchant à faire comme les autres, à suivre le courant, s'affiche sur écran pendant ces mouvements chorégraphiques engluées. Les scènes ainsi se succèdent, chacune avec son message simple et un peu bien pensant jusqu'à la scène finale où les comédiens après avoir rejeté le mode de vie occidental, la société de consommation, la pression sociale et celle du marché, le conformisme... se roule dans la glaise, redeviennent alors des êtres originels, avant toute corruption.

Rodrigo Garcia dit de ses pièces qu'elles sont immédiates, et porteuses d'un discours poétiques mineurs. Certes, mais à en juger par celle-ci, elles sont efficaces dans la transmission du message (ce qui est normal, je vous le concède, compte tenu du message convenu qu'elle transmet), efficaces jusque dans les titres qui pourraient se suffire à eux-mêmes : Et balancez mes cendres sur Mickey ou encore J'ai acheté une pelle en solde pour creuser ma tombe. Tout ceci pourrait vite devenir ennuyeux. C'est cousu de fil blanc. On comprend assez rapidement où veut aller l'auteur et on a quand même l'impression d'enfoncer des portes ouvertes. Mais heureusement Rodrigo Garcia use de quelques ressorts comiques qui préservent le spectateur de l'ennui et la dimension esthétique et poétique des performances finit, si non par émouvoir, au moins par amuser. Il y a tout de même un côté simpliste et bâclé dans tout cela. Et l'on aurait préféré assister à quelque chose de plus ambitieux, de plus complexe au risque d'être moins explicite et de perdre un peu du côté distrayant.


26/10/2007 : JE N'AI PAS DE HARRY POTTER


Blanche de Bordeaux, Jean-Claude Lalumière, éd. 28 aoûtLa preuve : aujourd'hui paraît Blanche de Bordeaux, mon premier roman, un polar noir dont l'action se déroule à... Bordeaux. Certaines librairies étaient ouvertes dès minuit pour vendre le je ne sais plus combientième volume de la série écrite par J.K. Rowling. Une rumeur court selon laquelle la véritable raison de cette ouverture nocturne était la sortie de Blanche de Bordeaux. J'en recevais hier soir la preuve par un appel téléphonique que je vous retranscris ci-après :


- Allo ?

- Jean-Claude ?

- Bonjour, maman.

- Tu as vu que certaines librairies étaient ouvertes dès minuit pour vendre le dernier Harry Potter ?

- Oui, maman.

- c'est bien pour ton roman. Ils en profiteront pour en vendre aussi.

- Certainement, maman.

- Qu'est-ce que tu as mangé aujourd'hui ?



Je m'arrête là, la suite relevant du domaine privé.


Tout ça pour vous dire que Blanche de Bordeaux est disponible, que vous pouvez le trouver (peut-être) ou le commander (sûrement) chez votre libraire (vous trouverez la définition de ce terme à la fin de ce message).


Selon le Petit Robert un libraire est un commerçant dont la profession est de vendre des livres au public.


Des livres et rien d'autre...

19/10/2007 : JEU

L'appat de Bertrand Tavernier
J'ai regardé hier soir L'appât, film réalisé par Bertrand Tavernier en 1994 avec Marie Gillain dont le jeu atteint une extrême justesse lorsque dans les toutes dernières secondes du film, après avoir signé sa déposition elle se tourne vers l'officier de police (Philippe Thoreton, hors champ) et lui demande s'il va bientôt la laisser sortir maintenant qu'elle a tout dit parce qu'elle doit aller voir son père pour Noël. Silence de l'interlocuteur. Nathalie (Marie Gillain) prend alors toute la dimension de ce à quoi elle a participé, mesure sans doute ce qu'elle a perdu, réalise à coup sûr que rien ne pourra plus être comme avant. Presque rien ne transparaît sur le visage de Nathalie, presque rien et pourtant tant de choses, tant d'émotion. Par une chute quasi imperceptible de ses traits, c'est tout son être qui s'effondre. Comment Marie Gillain (alors très jeune actrice) est-elle parvenue à cela ? Comment Bertrand Tavernier l'a-t-il conduit à cette retenue ? Il faudra que je lui demande si je la croise un jour. (Laissez-moi rêver...). Je me suis passé la scène plusieurs fois, convaincu d'avoir là un instant de grâce rare, un moment d'anthologie dans l'histoire du cinéma. Quelques secondes inoubliables.

17/10/2007 : LIRE

Pleut-il ? Frantz Bartelt, Gallimard
Je viens de lire cette phrase tirée de Pleut-il ? le dernier ouvrage de Franz Bartelt : Il faut lire des romans. Pour toutes sortes de raisons, des bonnes et des mauvaises. Mais surtout parce que c'est la façon la plus féconde d'entendre parler de soi.
Il y a quelques temps, un ami me confiait le doute dans lequel il était. Il se posait beaucoup de questions et ne parvenait pas à trouver de réponses. Je l'ai encouragé à lire (c'est quelqu'un qui lit très peu), lui assurant que toutes les réponses que l'on cherche se trouvent dans la littérature, que tous les grands questionnements de l'existence y sont abordés. Il n'a pas eu l'air de me croire. S'il lit ces lignes, j'espère que les mots de Franz Bartelt sauront le convaincre.

 



 
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